Révolte de Sakété de 1905 : le Prof François Adébayo Abiola plaide pour la réhabilitation d’une page méconnue de l’histoire nationale

Révolte de Sakété de 1905 : le Prof François Adébayo Abiola plaide pour la réhabilitation d’une page méconnue de l’histoire nationale
Dans une synthèse consacrée à la révolte de Sakété contre l’administration coloniale en février 1905, le professeur François Adébayo Abiola invite à revisiter un épisode majeur de la résistance populaire au Dahomey. À travers ce travail, le coordonnateur du programme de réécriture de l’histoire du Bénin pour l’Académie nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin appelle à préserver la mémoire des hommes et des femmes qui se sont opposés à l’ordre colonial, à l’image du travail de reconnaissance engagé autour du massacre de Thiaroye.
Pour le professeur François Adébayo Abiola, l’histoire ne saurait se construire sur l’oubli. Dans une réflexion consacrée à la révolte de Sakété de 1905, l’universitaire remet en lumière un soulèvement qui demeure l’un des épisodes les plus marquants de la contestation de l’autorité coloniale dans l’ancien Dahomey.
L’auteur rappelle que les populations africaines ont souvent été les grandes absentes des récits produits durant la période coloniale. D’où, selon lui, la nécessité de revisiter certains événements afin d’en restituer les réalités et de rendre justice à ceux qui en furent les acteurs. Cette démarche s’inscrit dans le programme national de réécriture de l’histoire du Bénin conduit par l’Académie nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin.
L’étude revient notamment sur les circonstances qui ont conduit aux affrontements de février 1905 à Sakété. Selon les travaux historiques cités par l’auteur, la tension atteint son paroxysme le 25 février, alors que se déroulent dans le quartier Moro les cérémonies funéraires d’un notable de la localité.
L’intervention brutale d’un envoyé de l’administrateur colonial Henri Caït, venu interrompre les rites en perçant le grand tam-tam utilisé pour les cérémonies, est vécue comme une profonde profanation. L’acte provoque l’indignation de la population. La colère gagne rapidement les participants à la cérémonie et débouche sur des affrontements avec l’administration coloniale.
Des tirs effectués depuis la résidence de l’administrateur font plusieurs victimes et de nombreux blessés parmi les habitants. Pour le professeur Abiola, cet épisode marque le déclenchement de ce qui apparaît comme la première révolte d’une telle ampleur opposant directement des populations autochtones à l’autorité coloniale dans la colonie du Dahomey.
Une contestation enracinée dans plusieurs années de tensions
L’auteur souligne toutefois que les événements de février 1905 ne sont pas survenus de manière isolée. Depuis plusieurs années déjà, les relations entre les autorités coloniales et les populations de Sakété étaient marquées par des désaccords persistants, notamment autour de l’installation d’un poste de douane et de diverses mesures administratives imposées par le pouvoir colonial.
Cette situation de méfiance réciproque débouchera sur une surveillance accrue des autorités traditionnelles. Dans ce contexte, le roi Adélou devient l’une des figures les plus emblématiques de la résistance locale. Accusé d’encourager l’hostilité à l’égard de la présence française, il est arrêté en octobre 1914 avec plusieurs de ses proches collaborateurs avant d’être déporté.
Pour François Adébayo Abiola, le destin d’Adélou illustre les conséquences subies par ceux qui se sont opposés à l’ordre colonial et dont les parcours méritent aujourd’hui une reconnaissance historique plus affirmée.
Faire du monument Henri Caït et Léon Cadeau un lieu de mémoire
Au-delà du rappel des faits historiques, la réflexion porte également sur les enjeux contemporains de transmission de la mémoire. L’auteur estime que le monument Henri Caït et Léon Cadeau, vestige de cette période, peut devenir un point d’ancrage d’un véritable travail mémoriel autour de la révolte de Sakété.
Il évoque la nécessité de sensibiliser les jeunes générations, notamment à travers les établissements scolaires, afin de favoriser une meilleure connaissance de cet épisode de l’histoire nationale. Des initiatives sont déjà engagées pour valoriser le site et lui donner toute sa place dans le patrimoine historique de la commune.
S’inspirant de la dynamique qui a contribué à remettre en lumière le massacre de Thiaroye de 1944, le professeur Abiola estime qu’un travail similaire pourrait être entrepris autour de la révolte de Sakété. Selon lui, la réécriture de l’histoire nationale participe à la réhabilitation des figures longtemps marginalisées dans les récits officiels et contribue au renforcement de la conscience historique collective.
En conclusion, l’universitaire lance un appel en faveur d’un devoir de mémoire consacré à Adélou et à ses compagnons de lutte. L’objectif, affirme-t-il, est de leur accorder la place qui leur revient dans l’histoire du Bénin et d’empêcher que leur engagement ne sombre définitivement dans l’oubli.
« Un jour, nous trouverons ensemble la meilleure stratégie pour consacrer le déporté Adélou et les autres : pour la justice devant l’histoire », écrit-il, résumant ainsi l’esprit de cette démarche de réhabilitation mémorielle.






