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Perspectives économiques en Afrique 2026 : la BAD alerte sur les fragilités structurelles

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Perspectives économiques en Afrique 2026 : la BAD alerte sur les fragilités structurelles

L’Afrique continue d’afficher une croissance économique supérieure à celle de plusieurs régions du monde. Selon les Perspectives économiques en Afrique 2026 publiées par la Banque africaine de développement (BAD), le continent a enregistré une croissance de 4,4 % en 2025 contre 3,5 % un an plus tôt. Dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, la baisse de l’aide internationale, le durcissement des conditions financières mondiales et les effets du changement climatique, cette progression confirme une certaine capacité de résistance des économies africaines.

Mais pour la BAD, le problème central demeure entier : cette croissance reste insuffisante pour transformer durablement les économies, créer massivement des emplois et réduire la pauvreté. Derrière les chiffres du PIB, le continent continue de faire face à un déficit de financement du développement estimé à près de 1 300 milliards de dollars par an.

Le rapport avance toutefois une idée qui change le regard porté depuis des années sur le financement du développement africain. Selon la BAD, l’Afrique dispose déjà d’une grande partie des ressources nécessaires à sa transformation économique. Le principal défi ne serait donc plus seulement de trouver des financements extérieurs, mais surtout de mieux mobiliser, conserver et utiliser les ressources déjà présentes sur le continent.

Les milliards qui échappent encore aux États

Le rapport insiste d’abord sur les pertes liées aux faiblesses fiscales. Chaque année, près de 469 milliards de dollars échappent aux États africains en raison de l’évasion fiscale, de la faible conformité des contribuables, des difficultés administratives ou encore des insuffisances des systèmes fiscaux.

Dans plusieurs pays, une grande partie de l’activité économique échappe encore aux circuits formels. Le poids du secteur informel réduit les recettes publiques et limite l’élargissement de l’assiette fiscale. Pour la BAD, la formalisation progressive de ces activités constitue désormais un enjeu économique majeur bien au-delà de la seule question fiscale.

La Banque africaine de développement estime également qu’une part importante des ressources publiques continue d’être perdue dans la mauvaise gestion des investissements. Plus de 40 % des investissements publics seraient affectés par des inefficiences dans la préparation, l’exécution ou le suivi des projets. Une amélioration de la gouvernance pourrait ainsi permettre de mobiliser près de 299 milliards de dollars supplémentaires chaque année.

Le rapport place donc la question institutionnelle au centre du débat économique africain. La capacité à collecter les recettes, exécuter les projets publics et orienter efficacement les investissements devient aussi importante que l’accès aux financements extérieurs.

Une dépendance extérieure qui interroge

Depuis plusieurs décennies, le financement du développement africain repose largement sur l’endettement extérieur, l’aide internationale et les investissements étrangers. Or le contexte mondial évolue rapidement.

Le durcissement des taux d’intérêt internationaux a renchéri les coûts d’emprunt pour plusieurs États africains. Dans le même temps, plusieurs partenaires traditionnels réduisent progressivement leurs engagements financiers. Les tensions géopolitiques modifient également les flux d’investissement et les priorités économiques mondiales.

Dans ce contexte, la BAD considère que l’Afrique doit désormais renforcer son autonomie financière. Le rapport évoque notamment le rôle encore sous-exploité des transferts de la diaspora africaine, des fonds de pension, des banques de développement ou encore des marchés financiers régionaux.

Pour l’institution, les systèmes financiers africains restent encore trop fragmentés, insuffisamment intégrés et peu capables de financer massivement les besoins du continent. La faiblesse des marchés de capitaux limite notamment les possibilités de financement à long terme pour les infrastructures et les projets industriels.

La BAD recommande ainsi une intégration financière plus poussée entre les pays africains, un développement des systèmes de paiement régionaux et une mobilisation plus importante de l’épargne locale.

La fragmentation mondiale comme nouvelle opportunité

Le rapport 2026 introduit aussi une idée plus stratégique : la fragmentation actuelle de l’économie mondiale peut créer de nouvelles opportunités pour le continent africain.

La réorganisation des chaînes de valeur mondiales, les besoins croissants en minéraux critiques, le financement climatique et la recherche de nouveaux partenaires économiques ouvrent de nouveaux espaces de négociation pour plusieurs pays africains.

L’Afrique dispose aujourd’hui d’importantes ressources stratégiques liées notamment à la transition énergétique mondiale. Le continent attire également davantage l’attention sur les questions énergétiques, agricoles et minières.

Mais la BAD estime que ces opportunités ne produiront des effets durables que si les États améliorent leurs cadres institutionnels, leur gouvernance économique et leur capacité à sécuriser les investissements.

Autrement dit, les ressources naturelles ou la croissance démographique ne suffisent plus. La question devient désormais celle de la capacité des économies africaines à transformer ces avantages en investissements productifs, en emplois et en industrialisation.

Le débat de l’après-aide

Au-delà des chiffres, le rapport de la BAD pose surtout une question de fond : celle du modèle économique africain dans un monde où les équilibres financiers internationaux changent rapidement.

Pendant longtemps, les débats sur le développement du continent ont été dominés par les questions d’aide extérieure et de financement international. Le rapport 2026 déplace le centre du débat vers la capacité des États africains à mobiliser leurs propres ressources.

Cette évolution traduit aussi une réalité plus large. Les marges budgétaires se réduisent dans plusieurs économies développées, les tensions géopolitiques se multiplient et les priorités économiques mondiales deviennent plus concurrentielles. Dans ce nouvel environnement, les pays africains devront financer une part plus importante de leur développement à partir de leurs propres ressources.

La BAD estime que le potentiel existe déjà. Mais sa transformation dépendra désormais moins des annonces internationales que des réformes internes, de la qualité des institutions et de la capacité des États à construire des économies plus productives et moins dépendantes des chocs extérieurs.

Hervé Ganhouégnon

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