
Dette publique : le prochain grand défi économique du continent africain
Pendant longtemps, la croissance économique a occupé le devant de la scène en Afrique. Aujourd’hui, un autre sujet s’impose progressivement dans les débats économiques : celui de la dette publique. Après plusieurs années marquées par des investissements massifs dans les infrastructures, les conséquences de la pandémie de Covid-19, les chocs inflationnistes et la hausse des taux d’intérêt mondiaux, de nombreux pays africains doivent désormais composer avec un niveau d’endettement inédit.
La question n’est pas nouvelle. Depuis le début des années 2010, la dette publique a fortement progressé dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Après avoir bénéficié d’importants allègements au cours des années 2000, plusieurs États ont de nouveau eu recours à l’emprunt pour financer leurs besoins de développement.
Selon les analyses relayées par l’Agence française de développement, la dette publique de la région s’est stabilisée autour de 60 % du PIB, un niveau qui reste élevé pour de nombreuses économies du continent.
Le problème n’est pas uniquement le volume de la dette. C’est surtout son coût qui préoccupe les décideurs. Dans plusieurs pays, le remboursement des emprunts absorbe une part croissante des ressources publiques, réduisant les marges disponibles pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures ou encore la protection sociale.
Certains États se retrouvent déjà confrontés à des situations particulièrement délicates. L’Éthiopie poursuit actuellement un processus de restructuration de sa dette extérieure avec ses créanciers, tandis que le Sénégal mène des discussions avec le FMI dans un contexte marqué par des interrogations sur la soutenabilité de sa dette et son accès aux marchés financiers internationaux.
Pour autant, le tableau n’est pas entièrement sombre. Plusieurs pays ont engagé des efforts de consolidation budgétaire afin de maîtriser leurs déficits et de ralentir la progression de leur endettement. Le Bénin, par exemple, a ramené son déficit budgétaire à 3,1 % du PIB en 2024 et poursuit une stratégie visant à préserver la soutenabilité de ses finances publiques.
La Banque africaine de développement estime d’ailleurs que l’Afrique conservera l’une des croissances les plus dynamiques au monde en 2026. Mais cette croissance devra désormais s’accompagner d’une gestion plus rigoureuse des finances publiques afin d’éviter que le poids de la dette ne devienne un frein au développement.
Au-delà des ajustements budgétaires, de nouvelles pistes sont explorées. Plusieurs institutions africaines plaident pour une réforme de l’architecture financière internationale, un meilleur accès aux financements concessionnels, le développement de mécanismes de garantie panafricains et une mobilisation accrue des capitaux privés africains. L’objectif est de permettre aux États de financer leurs projets de développement à un coût plus soutenable.
L’enjeu des prochaines années sera donc de trouver un équilibre. Les besoins d’investissement du continent restent immenses, mais les capacités d’endettement ne sont pas illimitées. Pour de nombreux gouvernements africains, la véritable question n’est plus de savoir s’il faut emprunter, mais comment emprunter mieux, investir plus efficacement et préserver la stabilité des finances publiques.
Hervé Ganhouégnon






