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UEMOA : vers un retour à la discipline budgétaire ? 

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UEMOA : vers un retour à la discipline budgétaire ? 

Après plusieurs années marquées par des déficits élevés, une hausse rapide de l’endettement public et des besoins croissants de financement, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) semblent renouer progressivement avec la discipline budgétaire.

Selon les dernières conclusions du Fonds monétaire international (FMI), les déficits publics se sont nettement réduits en 2025 et la dette publique régionale a enregistré son premier recul depuis plus d’une décennie. Une évolution encourageante qui soulève néanmoins une question essentielle : les États de l’Union seront-ils capables de maintenir cette trajectoire dans la durée ?

D’après le FMI, le déficit budgétaire global de l’UEMOA est passé de 5,4 % du PIB en 2024 à 3,4 % en 2025, se rapprochant ainsi de la norme communautaire fixée à 3 % du PIB. Dans le même temps, le ratio dette publique/PIB est revenu de 68 % à 65 %, une première baisse enregistrée depuis plus de dix ans. Cette amélioration est attribuée à la combinaison d’efforts de consolidation budgétaire et d’une croissance économique robuste dans la région.

L’UEMOA figure en effet parmi les régions les plus dynamiques du monde. Sa croissance économique a atteint 6,6 % en 2025, tandis que l’inflation est restée sous contrôle et que les réserves extérieures se sont renforcées grâce à la hausse des exportations de cacao, d’or et d’hydrocarbures. Le FMI estime que ces performances ont contribué à restaurer progressivement les équilibres macroéconomiques régionaux.

Pour consolider ces acquis, les institutions régionales misent sur la réactivation du pacte de convergence de l’UEMOA. Ce mécanisme prévoit notamment un plafond de déficit budgétaire fixé à 3 % du PIB et une limite d’endettement public de 70 % du PIB.

Le FMI considère l’adoption rapide de ce cadre comme un élément déterminant pour préserver la soutenabilité des finances publiques et renforcer la crédibilité des politiques budgétaires des États membres. L’institution encourage les gouvernements à poursuivre leurs efforts de mobilisation des recettes fiscales tout en préservant les dépenses prioritaires destinées au développement économique et social.

Des situations nationales contrastées

Malgré cette amélioration globale, les réalités demeurent très différentes d’un pays à l’autre. Certains États affichent encore des niveaux d’endettement élevés et font face à des conditions de financement plus contraignantes.

Le Sénégal, par exemple, a récemment procédé à une révision de ses données budgétaires, mettant en évidence un niveau de dette plus important que prévu. D’autres pays continuent de recourir massivement au marché régional de la dette pour financer leurs besoins budgétaires, dans un contexte de raréfaction des financements concessionnels.

Cette situation accroît l’exposition des banques aux titres publics et renforce ce que les économistes appellent le « lien souverain-banques », c’est-à-dire l’interdépendance entre la santé financière des États et celle du secteur bancaire.

Les risques restent nombreux

Pour le FMI, le retour à la discipline budgétaire n’est pas encore définitivement acquis. La région demeure exposée à plusieurs risques susceptibles de compromettre les progrès réalisés.

Parmi les principales menaces figurent les tensions géopolitiques internationales, les besoins élevés de financement des États, les vulnérabilités du secteur bancaire, ainsi que les défis sécuritaires et climatiques qui affectent plusieurs pays de l’Union.

L’institution de Bretton Woods met également en garde contre tout relâchement budgétaire qui pourrait entraîner une remontée des déficits et raviver les inquiétudes sur la soutenabilité de la dette publique. Elle appelle les gouvernements à poursuivre des politiques budgétaires prudentes et crédibles afin de préserver la stabilité macroéconomique régionale.

Un test décisif pour les finances publiques régionales

La baisse simultanée des déficits et de la dette constitue indéniablement un signal positif pour l’UEMOA. Elle témoigne de la capacité des États à engager des ajustements budgétaires sans compromettre totalement la croissance économique.

Toutefois, le véritable défi commence maintenant. Maintenir durablement les déficits sous le seuil communautaire de 3 %, renforcer la mobilisation des recettes intérieures et limiter le recours excessif à l’endettement seront les principaux tests de crédibilité pour les gouvernements de l’Union dans les années à venir.

Car si 2025 marque un tournant encourageant, la consolidation budgétaire reste un exercice de longue haleine dont le succès dépendra autant de la volonté politique que de la résilience économique de la région.

Hervé Ganhouégnon

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