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Dette des entreprises africaines : 13,3 milliards de dollars levés à fin septembre, le refinancement en ligne de mire

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Dette des entreprises africaines : 13,3 milliards de dollars levés à fin septembre, le refinancement en ligne de mire

Les entreprises liées à 11 pays africains ont mobilisé 13,3 milliards de dollars sur les marchés obligataires internationaux entre janvier et septembre 2026. Cette progression traduit un regain d’intérêt des investisseurs, mais les échéances de remboursement et le coût du financement restent des défis majeurs.

Les entreprises africaines retrouvent progressivement leur place sur les marchés obligataires internationaux. Au cours des neuf premiers mois de 2026, elles ont levé 13,3 milliards de dollars grâce à des émissions d’obligations libellées en devises, selon une analyse de Bank of America rapportée en octobre. Il s’agit du rythme d’émission le plus élevé depuis cinq ans. Le montant comprend 3,25 milliards de dollars mobilisés par des placements privés.

Cette performance rapproche le marché du niveau enregistré sur l’ensemble de l’année 2021, lorsque les entreprises africaines avaient levé 17 milliards de dollars. Elle témoigne aussi d’un élargissement de la base des émetteurs. Onze pays africains étaient représentés sur le marché au cours des neuf premiers mois de 2026, contre huit en 2021.
Parmi les entreprises ayant sollicité les investisseurs figurent First Quantum Minerals, actif dans le secteur minier en Zambie, Azule Energy, présent dans les hydrocarbures en Angola, et Sasol, le groupe sud-africain spécialisé dans la chimie et l’énergie.

Un regain de confiance des investisseurs

Cette reprise intervient dans un contexte d’amélioration de certains indicateurs de crédit. D’après Bank of America, les relèvements de notes des entreprises couvertes par son analyse sont désormais plus nombreux que les dégradations. Le volume des obligations d’entreprises notées CCC, correspondant à une catégorie de crédit très spéculative, est également passé de 3,2 milliards de dollars il y a cinq ans à environ 2,1 milliards de dollars.

Les investisseurs continuent de rechercher des rendements élevés, ce qui peut favoriser les entreprises africaines capables de présenter des perspectives financières jugées satisfaisantes. Les conditions de financement restent toutefois variables selon les pays, les secteurs d’activité et le profil de risque des emprunteurs.

Les opérations récentes illustrent cette dynamique. En janvier 2026, Azule Energy a émis pour 1,5 milliard de dollars d’obligations en deux tranches, assorties de coupons de 8,25 % et 8,625 %. En avril, Sasol a levé 750 millions de dollars avec un coupon de 8,75 %. Ces taux montrent que l’accès aux capitaux internationaux demeure coûteux pour les entreprises africaines, même lorsque les investisseurs répondent favorablement à leurs émissions.

Des fonds qui servent aussi à rembourser les dettes

Le volume des émissions ne correspond pas nécessairement à de nouveaux investissements dans les capacités de production. Une partie des fonds mobilisés permet aux entreprises de refinancer des emprunts antérieurs, de racheter des obligations arrivant à échéance ou de réorganiser leur calendrier de remboursement.

C’est notamment le cas de Sasol, qui a utilisé les ressources de son émission d’avril pour racheter des obligations existantes. First Quantum Minerals a également levé 1,5 milliard de dollars en février, notamment pour rembourser des titres de dette plus coûteux et réduire les tirages sur ses lignes de crédit.

Ces opérations peuvent alléger les contraintes financières à court terme et donner davantage de visibilité aux entreprises sur leurs remboursements. Elles ne signifient cependant pas automatiquement une augmentation des investissements productifs. Pour mesurer l’effet réel de cette reprise sur l’économie africaine, il faut donc distinguer les ressources consacrées au refinancement de celles destinées à de nouveaux projets.

La question du remboursement prendra davantage d’importance dans les prochaines années. Selon les estimations de Bank of America, les échéances obligataires des entreprises africaines couvertes par son analyse devraient atteindre 2,2 milliards de dollars en 2027, avant de grimper à près de 7 milliards de dollars en 2028.
Parmi les principales échéances attendues en 2028 figurent environ 1,5 milliard de dollars pour l’électricien sud-africain Eskom, 1,2 milliard pour le groupe pétrolier Tullow Oil et 1 milliard pour l’entreprise publique de logistique Transnet.

Cette concentration des remboursements pourrait mettre sous pression les entreprises qui ne parviendraient pas à obtenir de nouveaux financements à des conditions acceptables. Une remontée des taux ou une dégradation de la confiance des investisseurs rendrait le refinancement plus difficile. Certaines sociétés pourraient alors privilégier les banques, les marchés obligataires locaux ou d’autres sources de capitaux.

Le risque souverain constitue un autre facteur de vigilance. Les difficultés budgétaires d’un État peuvent peser sur la notation et le coût d’emprunt des entreprises établies dans son pays, même lorsque leurs propres comptes sont relativement solides.

Les 13,3 milliards de dollars levés au cours des neuf premiers mois de 2026 traduisent ainsi un accès plus large des entreprises africaines aux capitaux internationaux. La poursuite de cette dynamique dépendra toutefois de leur capacité à préserver leur qualité de crédit, à maîtriser le coût de leur dette et à anticiper les importantes échéances de remboursement à venir.

Hervé Ganhouégnon

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