
Notation : après son lancement, l’AfCRA face au défi de la crédibilité
L’Afrique dispose désormais de sa propre agence continentale de notation. L’Africa Credit Rating Agency (AfCRA) a été officiellement lancée le 7 octobre à Port-Louis, à Maurice, avec l’ambition de proposer une évaluation du risque de crédit davantage fondée sur les réalités économiques du continent. Mais au-delà de sa création, l’agence devra désormais convaincre les marchés de la fiabilité de ses analyses.
L’AfCRA doit noter les États, les entreprises et les institutions financières africaines. Elle entend compléter le travail des trois grandes agences internationales, S&P, Moody’s et Fitch, plutôt que les remplacer. Selon l’Union africaine, 23 des 55 pays du continent ne disposent actuellement d’aucune notation auprès de ces trois agences.
Pour les responsables africains, la création de l’AfCRA répond notamment aux critiques formulées depuis plusieurs années contre les méthodes d’évaluation du risque appliquées aux économies africaines. L’Union africaine estime que des analyses ne prenant pas suffisamment en compte les données et les réalités locales peuvent contribuer à renchérir le coût des financements.
Les agences internationales contestent, de leur côté, l’idée d’un biais systématique et affirment appliquer leurs méthodologies à l’ensemble des pays. Une enquête de Reuters publiée en 2024 n’avait d’ailleurs pas trouvé de preuve d’un biais systémique dans les notations souveraines africaines.
Le principal défi de l’AfCRA sera donc sa crédibilité. Les investisseurs devront être convaincus de son indépendance, de la qualité de ses données et de la rigueur de ses méthodes. Pour Reuters, le véritable test interviendra notamment en période de crise, lorsque l’agence devra maintenir ses évaluations même lorsqu’elles sont défavorables aux gouvernements concernés.
L’Union africaine affirme que l’agence sera indépendante, financée par des capitaux d’actionnaires et ses revenus opérationnels, sans participation des gouvernements à son capital. Son succès dépendra toutefois de sa capacité à appliquer ces principes dans la durée et à respecter les standards internationaux de notation.
L’enjeu dépasse ainsi la création d’une nouvelle agence. Pour l’AfCRA, chaque notation constituera une étape dans la construction de sa réputation auprès des investisseurs, des États et des marchés financiers. Comme l’a souligné la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, sa crédibilité ne pourra pas être acquise au moment du lancement : elle devra se construire au fil des évaluations.
Hervé Ganhouégnon






