
Importateurs de riz, attention : le Bénin passe en mode sélectif et exigeant
Le Bénin resserre son contrôle sur le riz. Depuis quelques jours, toute mise à la consommation exige une autorisation annuelle délivrée par les Douanes, une caution d’un milliard de FCFA et un engagement d’importation massif. Objectif affiché : assainir le marché et renforcer la souveraineté alimentaire.
En moins d’une semaine, les autorités béninoises ont changé la donne. Le gouvernement a posé un nouveau cadre strict pour les importations de riz destinées à la consommation nationale. L’arrêté n°853-C/MEF/DC/SGM/DCSRF/DGD du 16 avril 2026, complété par la décision d’application de la Direction générale des Douanes (DGD) du 22 avril 2026, change radicalement les règles du jeu. Fini l’accès libre au dédouanement. Désormais, seule une autorisation annuelle préalable permet de mettre le riz sur le marché intérieur.
Cette réforme intervient dans un contexte où le riz reste un aliment stratégique, massivement importé via le port de Cotonou, tout en coexistant avec les efforts de production locale et de sécurisation des recettes publiques. Les autorités optent pour la rigueur plutôt que pour la facilité.
Une autorisation annuelle obligatoire
Au cœur du dispositif : toute opération de dédouanement de riz destiné à la consommation nationale est désormais subordonnée à une autorisation annuelle délivrée par la DGD. Sans ce sésame, les cargaisons restent bloquées.
La décision du 22 avril précise les modalités opérationnelles. Elle définit les conditions d’éligibilité, la composition du dossier, les procédures d’instruction et les mécanismes de contrôle, suspension, retrait ou renouvellement de l’autorisation.
Qui est concerné ? Les opérateurs importateurs et distributeurs de riz pour le marché béninois. Les opérations relevant d’autres régimes douaniers (transit, entrepôt, etc.) sont en principe exclues, sauf mention contraire expresse.
Des conditions d’entrée élevées
Pour prétendre à l’autorisation, les entreprises doivent remplir un cahier des charges exigeant. D’abord, il faut être légalement constituée et exercer son activité au Bénin depuis au moins trois ans. Ensuite, être immatriculée au Registre du commerce et du crédit mobilier, disposer d’un identifiant fiscal valide. Puis, être en règle vis-à-vis de ses obligations fiscales, douanières et sociales. Enfin, justifier de capacités techniques, financières et logistiques suffisantes pour importer, stocker, transporter et distribuer le riz dans des conditions garantissant la continuité des approvisionnements et la traçabilité.
La pièce maîtresse de cette réforme reste la constitution d’une caution d’un milliard de francs CFA (1 000 000 000 FCFA), comme l’exige explicitement la décision d’application.
Les opérateurs retenus devront également s’engager sur un volume d’importation mensuel compris entre 50 000 et 100 000 tonnes, selon les précisions opérationnelles.
Dossier de demande et contrôles renforcés
Le dossier de candidature doit inclure les pièces d’immatriculation, les preuves de capacité logistique et financière, les attestations fiscales et sociales, ainsi que des plans de traçabilité et de sécurisation des approvisionnements.
La DGD instruit les demandes, effectue les contrôles nécessaires et peut suspendre ou retirer l’autorisation en cas de manquement. Le suivi sera rigoureux, avec un accent mis sur la conformité continue.
Perspectives économiques et enjeux
Cette mesure traduit une volonté claire d’assainir un secteur longtemps marqué par une multitude d’acteurs, parfois opaques, et par des risques de sous-facturation ou de concurrence déloyale. En concentrant le métier sur des opérateurs plus structurés, l’administration douanière vise à mieux sécuriser les recettes de l’État tout en favorisant une chaîne d’approvisionnement plus fiable pour les consommateurs béninois.
Pour les observateurs, le message est limpide : l’importation du riz n’est plus une activité ouverte à tous. Elle devient un métier exigeant, réservé à ceux qui disposent de surface financière, d’expérience locale et d’une capacité réelle à approvisionner le marché à grande échelle.
Des voix dans le milieu des affaires s’inquiètent déjà d’une possible concentration du secteur et de perturbations temporaires à Cotonou. D’autres y voient une étape nécessaire vers une plus grande professionnalisation, alignée sur les ambitions de bonne gouvernance et de développement structuré du Bénin.
Reste à observer l’application concrète sur le terrain. La rapidité avec laquelle la DGD a publié sa décision d’application, seulement six jours après l’arrêté, montre une détermination forte à faire entrer rapidement la réforme en vigueur.
Le riz, pilier de l’alimentation ouest-africaine, devient ainsi un test grandeur nature de la capacité béninoise à concilier ouverture commerciale, protection des recettes publiques et souveraineté alimentaire.
Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn






