BÉNIN A L’INSTANT

Dette publique mondiale : Le Bénin voit ses ratios grimper sans s’endetter davantage

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Dette publique mondiale : Le Bénin voit ses ratios grimper sans s’endetter davantage

La dette mondiale frôle 94 % du PIB. Pourtant, le Bénin affiche une croissance de 7 % en 2026. Derrière ce paradoxe, le FMI alerte : une révision comptable fait grimper la dette à 60,5 % du PIB. Le Moniteur des finances publiques du FMI, publié le 15 avril 2026, dresse un constat sans appel. La dette publique brute mondiale a atteint 94 % du PIB en 2025 et file vers les 100 % d’ici 2029. Un seuil que le monde n’avait plus franchi depuis l’immédiat après-guerre. Dans ce paysage financier sous tension, le Bénin fait figure d’exception maîtrisée, mais pas sans aspérités. Si Cotonou affiche une croissance projetée à 7 % en 2026 et un déficit ramené à 3,1 % du PIB, son ratio d’endettement a bondi à 60,5 % du PIB. Pas à cause de nouvelles dépenses somptuaires, mais par un simple jeu d’écritures comptables.
Un reclassement technique
La dette publique béninoise a été révisée à la hausse, passant de 57,2 % à 60,5 % du PIB fin 2024. L’explication ne tient pas à un quelconque emballement budgétaire. Il est simplement reclassé dans le giron de l’administration centrale des emprunts jusqu’ici logés dans les comptes d’entreprises publiques. En clair, des engagements qui existaient déjà changent de colonne dans les tableaux des statisticiens.
Ce transfert statistique ne modifie pas la réalité financière du pays. Les créanciers n’ont pas prêté un franc CFA de plus. Mais il alourdit mécaniquement le ratio dette/PIB. Le FMI lui-même précise que « la révision comptable et le reclassement de prêts extérieurs ont porté la dette de l’administration centrale à un niveau sensiblement plus élevé ». Nuance de taille : ce qui apparaît comme une dégradation dans les chiffres bruts relève davantage d’une clarification comptable que d’une dérive des finances publiques.
Un déficit sous contrôle, une croissance qui impressionne
Sur le front budgétaire, le Bénin a tenu ses engagements. Le déficit a été ramené à 3,1 % du PIB en 2024, à portée de fusil du plafond communautaire de 3 % fixé par l’UEMOA. La loi de finances 2026 vise explicitement à passer sous cette barre symbolique. Un effort de consolidation que le FMI a salué en décaissant, fin février 2026, une nouvelle tranche de 118 millions de dollars (environ 100 millions d’euros) dans le cadre des programmes MEDC/FEC et de la Facilité pour la résilience et la durabilité.
Côté croissance, les prévisions donnent le tournis. Le FMI a relevé ses projections pour le Bénin à 7 % en 2026 et 6,7 % en 2027, alors même que l’Afrique subsaharienne dans son ensemble voit ses perspectives révisées à la baisse. Un écart qui doit beaucoup aux investissements massifs dans les infrastructures (modernisation du port de Cotonou, réseaux routiers, énergie) et à l’essor de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), véritable vitrine du volontarisme économique béninois.
Risque modéré, vigilance requise
Le FMI maintient son évaluation : le risque de surendettement du Bénin reste « modéré ». La dette est jugée viable et compatible avec la capacité d’endettement du pays. Mais l’institution de Bretton Woods ne verse pas dans l’angélisme. Elle pointe plusieurs vulnérabilités à surveiller :
– La hausse tendancielle des charges d’intérêts, qui grignote les marges budgétaires et expose le pays aux soubresauts des marchés financiers mondiaux.
– La sensibilité aux chocs externes, qu’il s’agisse de la volatilité des cours des matières premières (le coton reste un pilier des exportations) ou du resserrement des conditions financières internationales.
– Les engagements hors bilan liés aux grands projets. La GDIZ, le port de Cotonou ou les zones économiques spéciales sont autant de moteurs de croissance, mais aussi de possibles passifs éventuels. Le FMI appelle explicitement à « des audits et à une transparence accrue » pour éviter que des transferts implicites de dette ne viennent alourdir subrepticement la facture publique.
Un modèle à conforter
Le Bénin coche beaucoup de cases : croissance forte, déficit maîtrisé, appui renouvelé du FMI, accès préservé aux marchés financiers internationaux. Dans une UEMOA aux trajectoires contrastées, il fait figure de locomotive. Mais ce tableau flatteur ne doit pas masquer les angles morts.Le reclassement comptable de la dette, bien que purement technique, rappelle une vérité souvent oubliée : les engagements des entreprises publiques finissent toujours, d’une manière ou d’une autre, par concerner l’État. La frontière entre dette publique et dette parapublique est plus poreuse qu’il n’y paraît. Le Bénin jouit aujourd’hui de la confiance des investisseurs. Cette confiance est un capital précieux, mais aussi fragile. Elle suppose de maintenir le cap de la discipline budgétaire tout en transformant la croissance en développement tangible pour les populations. L’équation est connue ; sa résolution, toujours incertaine.
Par Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn

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