Crise énergétique au Ghana : Priorité au local, fin aux exportations d’électricité vers trois voisins

Crise énergétique au Ghana : Priorité au local, fin aux exportations d’électricité vers trois voisins
Le Ghana, frappé par un déficit d’environ 1 000 MW après un incendie à Akosombo, suspend ses exportations d’électricité vers le Burkina Faso, le Togo et le Bénin. Priorité nationale face à des coupures récurrentes. Une décision brutale qui révèle la vulnérabilité électrique de toute la région.
Un incendie dévastateur à la sous-station d’Akosombo a privé le Ghana d’environ 1 000 MW de capacité. La réponse est claire et sans appel : les exportations vers le Burkina Faso, le Togo et le Bénin sont suspendues. Priorité absolue à la stabilité domestique.
Cette décision, prise fin avril 2026, n’est pas une surprise. Elle traduit une réalité : le Ghana ne peut plus se permettre d’être le fournisseur régional quand son propre réseau vacille. Les coupures se multiplient. Les entreprises et les ménages s’impatientent. Le spectre du « dumsor » des années 2010 plane à nouveau.
L’incident d’Akosombo n’est pas isolé. Il s’ajoute à des transformateurs surchargés, près de 1 000 unités identifiées en mars 2026, et à des défis persistants de distribution. Le gouvernement insiste : il ne s’agit pas d’un manque de génération globale, mais d’un problème aigu de transmission et d’infrastructure vieillissante. Pourtant, le résultat est le même : un déficit immédiat qui contraint à des choix sans appels.
Le Ghana exportait historiquement une part significative de son électricité via le West African Power Pool. En 2023, ces flux représentaient environ 10-11 % de sa production. Togo, Bénin et Burkina Faso comptaient parmi les principaux bénéficiaires. Aujourd’hui, ces accords sont mis entre parenthèses. La solidarité régionale passe après la survie nationale.
Conséquences directes pour les pays importateurs, surtout le Bénin
Pour le Bénin, l’impact est immédiat et sévère. Le pays importe une large part de son électricité, avec des dépendances fortes aux interconnexions régionales. Des disruptions techniques sur ces lignes avaient déjà provoqué des coupures en début d’année. La suspension ghanaéenne aggrave la situation : industries pourraient connaître des pertubations et tournées aux ralenties, hôpitaux sous tension, ménages confrontés à l’instabilité.
Le Togo et le Burkina Faso, déjà exposés à des défis sécuritaires et climatiques, subissent le même choc. Les économies les plus fragiles de la région paient le prix d’une interdépendance mal préparée. Sans diversification rapide des sources, les risques de black-out en cascade augmentent.
Instabilité financière et géopolitique
Cette crise intervient dans un environnement marqué par des risques financiers élevés. L’Afrique de l’Ouest fait face à une dette publique sous pression, à l’inflation importée et aux conséquences indirectes de la guerre au Proche-Orient : volatilité des prix des hydrocarbures, perturbations des chaînes d’approvisionnement et renchérissement du coût du capital.
Les investissements dans le secteur énergétique de la région progressent, mais restent insuffisants face à la demande croissante. L’Afrique a attiré 13,84 milliards de dollars dans la transition énergétique en 2025, avec l’Afrique de l’Ouest en tête à 3,91 milliards. Le Ghana lui-même a injecté 1,47 milliard de dollars en 2025 pour solder des arriérés du secteur et restructurer des contrats avec les producteurs indépendants (IPP). Des plans ambitieux existent : construction d’une centrale thermique de 1 200 MW en 2026, modernisation du réseau, accélération des renouvelables.
Pourtant, les faiblesses persistent : contrats « take-or-pay » coûteux, pertes techniques et commerciales élevées, recouvrements faibles. Le secteur énergétique ghanaéen a généré des déficits annuels récurrents, estimés parfois à plus de 2 milliards de dollars. Sans réformes profondes (tarification réaliste, efficacité de distribution, diversification gaz et solaire), les progrès restent fragiles.
Urgence de la résilience régionale
Le Ghana n’abandonne pas son rôle régional. Il investit dans de nouvelles capacités et participe aux sommets sur la coopération énergétique ouest-africaine. Mais la leçon est claire : aucun pays ne peut exporter durablement ce qu’il peine à produire pour lui-même. La solidarité passe par la robustesse individuelle.
Pour le Bénin, cela signifie accélérer ses propres projets solaires et thermiques, réduire la dépendance aux importations (83 % de la consommation en 2023 selon certaines données). Pour la région entière, c’est l’occasion de renforcer le West African Power Pool, d’investir massivement dans les interconnexions et le stockage, et de passer d’une logique d’exportations opportunistes à une intégration véritablement résiliente.
Dans un monde instable, l’énergie n’est plus un bien échangeable à la légère. C’est un impératif de souveraineté. Le Ghana l’a rappelé brutalement. Les voisins doivent en tirer les conséquences, sans illusion ni complaisance.
Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn






