ECONOMIE

Marchés financiers régionaux : la BRVM peut-elle devenir un vrai levier de financement ?

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Marchés financiers régionaux : la BRVM peut-elle devenir un vrai levier de financement ?

Longtemps perçue comme un marché de niche, la BRVM s’impose progressivement dans le paysage financier de l’UEMOA. Mais peut-elle réellement devenir une alternative crédible aux banques pour financer les économies de la région ?

Aujourd’hui, le financement des entreprises en Afrique de l’Ouest repose encore très largement sur le crédit bancaire. Un modèle qui montre ses limites : accès difficile pour les PME, coûts élevés, maturités souvent courtes. Dans ce contexte, le marché financier régional apparaît comme une solution logique… mais encore sous-exploitée.

La BRVM affiche pourtant des signaux encourageants. La capitalisation boursière progresse, les introductions en bourse, bien que rares, suscitent de l’intérêt, et les émissions obligataires des États rencontrent généralement une forte demande. Plusieurs pays de l’Union y ont recours pour lever des fonds, parfois à des conditions plus favorables que sur les marchés internationaux.

Mais derrière ces avancées, les fragilités restent visibles. Le nombre d’entreprises cotées demeure faible, la liquidité du marché est limitée, et la culture boursière peine à s’installer. Beaucoup d’entreprises, notamment familiales, restent réticentes à ouvrir leur capital, par crainte de perdre le contrôle ou par manque de préparation.

Autre limite majeure : l’accès du grand public. Malgré la digitalisation progressive, investir en bourse reste complexe pour une large partie de la population. Résultat, l’épargne locale, pourtant abondante, ne se dirige pas suffisamment vers le marché financier.

Pour franchir un cap, plusieurs leviers sont identifiés : incitations fiscales pour les entreprises qui s’introduisent en bourse, simplification des procédures, développement de produits adaptés aux PME, et surtout renforcement de l’éducation financière.

La BRVM a donc le potentiel pour devenir un véritable outil de financement des économies ouest-africaines. Mais pour passer du statut d’alternative à celui de pilier, une transformation plus profonde reste nécessaire.

La question n’est plus de savoir si la BRVM peut jouer ce rôle, mais à quelle vitesse elle pourra lever ses propres contraintes.

Hervé Ganhouégnon

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