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Face aux stablecoins, la BEAC explore la piste d’une monnaie numérique

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Face aux stablecoins, la BEAC explore la piste d’une monnaie numérique

L’idée d’une monnaie numérique adossée au franc CFA refait surface en zone CEMAC. Face à la progression des stablecoins dans les usages financiers, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) travaille sur la possibilité de mettre en place une version numérique de la monnaie commune utilisée par les six pays de la sous-région.

Les stablecoins sont des cryptomonnaies dont la valeur est généralement liée à une devise classique, le plus souvent le dollar américain. Des actifs numériques comme l’USDT ou l’USDC sont aujourd’hui utilisés dans plusieurs pays africains pour les transferts d’argent, les paiements en ligne ou encore la conservation de valeur. Leur utilisation progresse notamment chez les jeunes utilisateurs de services numériques et dans les transactions transfrontalières.

Cette évolution soulève des préoccupations chez plusieurs banques centrales africaines. En zone CEMAC, la BEAC observe avec attention l’installation progressive de ces actifs dans les habitudes financières, alors même qu’ils échappent largement au contrôle des institutions monétaires traditionnelles.

L’institution monétaire de la sous-région réfléchit ainsi à la création d’un franc CFA numérique, parfois présenté comme une monnaie numérique de banque centrale. Contrairement aux cryptomonnaies privées, cette version numérique serait émise et encadrée directement par la banque centrale. L’objectif serait de proposer un moyen de paiement numérique reconnu officiellement, tout en gardant la maîtrise de la politique monétaire et des flux financiers.

La question dépasse le simple cadre technologique. Derrière ce projet se trouvent des enjeux liés à la souveraineté monétaire, à la modernisation des systèmes de paiement et à la place du dollar dans les échanges numériques.

Les stablecoins indexés sur la monnaie américaine prennent progressivement de l’espace dans certaines économies africaines, notamment parce qu’ils permettent des transactions rapides et accessibles depuis un téléphone mobile.

Dans la sous-région, les autorités monétaires cherchent également à éviter une situation où une partie des échanges financiers échapperait durablement aux circuits bancaires classiques. Un franc CFA numérique pourrait ainsi servir d’alternative locale dans un environnement où les usages numériques évoluent rapidement.

Pour le moment, aucune date officielle de lancement n’a été annoncée. Le projet reste au stade de réflexion et d’évaluation technique. Plusieurs questions restent ouvertes, notamment celles liées à la sécurité, à l’accès des populations aux outils numériques ou encore à l’encadrement réglementaire.

La réflexion engagée par la BEAC intervient dans un contexte où plusieurs banques centrales à travers le monde explorent elles aussi les possibilités offertes par les monnaies numériques souveraines.

En Afrique, certains pays ont déjà lancé des expérimentations, tandis que d’autres avancent avec prudence face aux défis techniques et financiers que ces projets impliquent.

Hervé Ganhouégnon

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