ECONOMIE

Et si le futur de la finance climatique venait d’Afrique ?

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Et si le futur de la finance climatique venait d’Afrique ?

Longtemps cantonnée au rôle de continent vulnérable face au changement climatique, l’Afrique affirme désormais un leadership inédit sur la scène de la finance carbone. Le Ghana en est la preuve vivante : en devenant le premier pays africain à émettre des crédits carbone conformes à l’Accord de Paris, il démontre que l’innovation climatique peut aussi venir du Sud. À la croisée des enjeux écologiques, économiques et diplomatiques, cette stratégie audacieuse redéfinit les règles du jeu.

Le Ghana se positionne aujourd’hui comme un acteur central de la transition climatique mondiale. Il est devenu le premier pays africain à émettre et transférer des crédits carbone entièrement conformes aux normes de l’Accord de Paris, marquant une avancée historique pour le continent.

Le pays a récemment transféré 11 733 tonnes de crédits carbone à la Suisse, via un dispositif bilatéral appuyé par l’article 6 de l’Accord de Paris. Ce transfert, le plus important jamais enregistré en volume dans ce cadre, a été réalisé par l’intermédiaire du registre carbone national du Ghana et de la Fondation Klik, côté suisse.

Ces crédits, appelés « résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale » (ITMO), représentent bien plus qu’un simple échange environnemental. Ils constituent un outil stratégique permettant de financer des projets à fort impact écologique et social. D’ici 2025, le Ghana prévoit de générer 60 000 ITMO supplémentaires, avec un potentiel global dépassant 100 000 crédits transférables.

Les projets soutenus comprennent notamment :

  • des foyers de cuisson propres pour réduire la déforestation et améliorer la santé des ménages,
  • la mobilité électrique via les vélos,
  • le compostage des déchets urbains,
  • et la riziculture durable, à faible émission de méthane.

 Finance verte et souveraineté climatique

Ce partenariat avec la Suisse incarne une forme nouvelle de diplomatie climatique, dans laquelle les pays africains ne sont plus de simples bénéficiaires, mais de véritables co-acteurs du système carbone mondial. En valorisant ses Contributions Déterminées au niveau National (CDN), le Ghana démontre que la finance verte peut devenir un levier de développement local, de création d’emplois, et de transformation des pratiques agricoles et énergétiques.

Le prix par tonne de CO₂, bien que non officiellement révélé, est estimé entre 20 et 25 dollars US, une fourchette compétitive qui donne de la valeur à chaque initiative menée sur le terrain.

À ce jour, 14 projets sont en préparation, dont 12 portés par la Fondation Klik et 2 en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Cette dynamique place le Ghana à la pointe de l’expérimentation des mécanismes climat en Afrique, et pourrait inspirer d’autres pays du Sud souhaitant concilier développement durable et souveraineté financière.

Loin des clichés de dépendance, le Ghana révèle le potentiel de l’Afrique à inventer une finance climatique plus juste, plus ancrée localement, et pleinement alignée sur les standards internationaux. Ce virage stratégique amorce un changement de paradigme : l’Afrique n’est plus seulement une terre d’adaptation climatique, elle devient une force de proposition dans la transition écologique mondiale.

Et si, réellement, le futur de la finance climatique venait d’Afrique ? Le Ghana, lui, y croit déjà.

 

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