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Drainage saturé, eaux évacuées : leçons de la pluie du 6 mai

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Drainage saturé, eaux évacuées : leçons de la pluie du 6 mai

Le 6 mai 2026, 17,3 centimètres d’eau se sont abattus sur Cotonou en trois heures, l’équivalent de plus d’un mois de pluies saisonnières. Les ouvrages d’assainissement ont été saturés, puis ont rempli leur rôle. Une démonstration brutale des nouvelles réalités climatiques et des défis d’une urbanisation rapide.

Dans la nuit du 5 au 6 mai 2026, Cotonou et ses environs ont subi un épisode pluvieux d’une intensité rare. Selon les données météorologiques relayées par Ranti Akindès, Directeur général de la Société des infrastructures routières et de l’aménagement du territoire (SIRAT SA), 17,3 cm d’eau sont tombés en seulement trois heures. À titre de comparaison, la moyenne mensuelle en saison des pluies tourne autour de 13 cm, tandis que mai-juin 2023 avait enregistré 10,5 cm sur deux mois.

Cet événement a provoqué des engorgements temporaires sur plusieurs axes et des inondations localisées dans des quartiers comme Sainte-Rita, Vedoko, Gbégamey et certaines zones d’Abomey-Calavi. Pourtant, la situation s’est résorbée rapidement : la plupart des voies structurantes étaient dégagées en une à deux heures.

« La plupart des axes structurants étaient dégagés de toute eau en l’espace d’une heure », a souligné Ranti Akindès. Les zones persistantes correspondent souvent à des travaux en cours ou à des habitations implantées en contrebas, dans des secteurs naturellement inondables.

François Agomadjè, Directeur du Pôle Aménagement Urbain et Assainissement (DPAUA/SIRAT) et maître d’ouvrage délégué, a détaillé la logique de conception. Les collecteurs sont calibrés selon une période de retour de 10, 20, 30, 40 ou 50 ans, en fonction de l’intensité et de la durée des pluies.

« On sait bien qu’il y a des pluies d’intensité assez spécifiques qui peuvent venir. Ce qui s’est passé le hier [nglr : 6 mai] était bien prévu : deux heures après, l’eau s’est retirée entièrement. Cela veut dire que les ouvrages fonctionnent », a-t-il expliqué. Une stagnation de quelques heures reste inévitable lors d’événements exceptionnels, sauf à dimensionner des infrastructures hors normes qui empiéteraient massivement sur l’espace public et feraient exploser les coûts.
C’est un arbitrage classique entre efficacité, acceptabilité et finances publiques.

Dame Nature ne se laisse pas apprivoiser

Ce phénomène n’est pas propre au Bénin. En juillet 2025, le Texas Hill Country (États-Unis) a subi des pluies diluviennes qui ont causé plus de 130 décès et plus d’un milliard de dollars de dégâts en quelques heures. Quelques jours plus tard, une averse d’environ une heure a inondé plusieurs stations de métro à New York, paralysant la plus grande métropole américaine malgré ses infrastructures colossales.

Ces exemples rappellent une évidence stratégique : aucune puissance économique ou technique ne rend la nature prévisible ou inoffensive. Le changement climatique accentue la fréquence et l’intensité des extrêmes. Les villes africaines en croissance rapide, comme Cotonou, en paient le prix avec une vulnérabilité accrue.

Au-delà des ouvrages pluviaux, le problème structurel réside dans les pratiques d’urbanisation. Combien de constructions à Cotonou ou Abomey-Calavi reposent sur une véritable étude de sol ? Combien intègrent un architecte ou un ingénieur BTP qualifié ? Combien obtiennent et respectent un permis de construire vérifié ?

Beaucoup de quartiers se développent dans des zones basses, sur d’anciens lits d’eau ou des marécages remblayés sans drainage adapté. Les canalisations, même bien conçues, s’engorgent rapidement par les déchets, comme on le voit régulièrement au marché Dantokpa. La terre saturée absorbe peu d’eau en temps réel ; le ruissellement devient immédiat et massif.

Ces facteurs humains amplifient l’impact des pluies intenses. Ils transforment un événement météo exceptionnel en crise localisée.

Vers une approche technique et non émotionnelle

L’épisode du 6 mai ne signe ni l’échec des investissements consentis ni une victoire totale. Il révèle les limites physiques d’un système confronté à des volumes d’eau records. La majorité des eaux a été drainée une fois la pluie terminée, confirmant la fonctionnalité des collecteurs récents.

La gouvernance doit continuer à étendre les réseaux là où c’est techniquement et financièrement viable, tout en renforçant l’entretien et la lutte contre les dépôts sauvages. Parallèlement, les autorités et la société civile doivent promouvoir une culture de construction responsable : études préalables, respect des normes et refus de l’occupation anarchique des zones à risque.

Cotonou, comme d’autres métropoles du Sud, navigue entre croissance démographique explosive et contraintes climatiques croissantes. La réponse ne réside ni dans le déni ni dans l’illusion du contrôle absolu, mais dans une gestion lucide, progressive et financièrement soutenable des risques.

 Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn

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