ECONOMIE

Dette extérieure africaine : Une concentration des risques, mais l’optimisme prévaut pour 2029

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Dette extérieure africaine : Une concentration des risques, mais l’optimisme prévaut pour 2029

Un récent rapport d’Afreximbank, publié le 28 mai 2025 et intitulé « State of play of debt burden in Africa and the Caribbean », éclaire la situation de la dette extérieure du continent africain. Le document révèle une concentration significative des engagements financiers et des défis persistants, tout en esquissant des perspectives plus optimistes à moyen terme. Il souligne l’impératif d’une gestion budgétaire prudente et d’une mobilisation accrue des ressources internes.

Le rapport d’Afreximbank met en lumière un phénomène préoccupant : pas moins de six pays africains concentrent à eux seuls la moitié de l’encours de la dette extérieure du continent en 2025. Dans l’ordre, cette charge repose sur l’Afrique du Sud (13,1% de la dette extérieure africaine), l’Égypte (12%), le Nigeria (8,4%), le Maroc (5,9%), le Mozambique (5,3%) et le Soudan (5,2%). Cette concentration élevée des risques financiers amplifie les vulnérabilités systémiques, car une éventuelle détresse financière dans l’un de ces pays pourrait déclencher des répercussions négatives en cascade à l’échelle régionale, impactant le sentiment des investisseurs envers la dette africaine, les échanges commerciaux et les canaux financiers transfrontaliers.

Un endettement élevé, mais une tendance à la baisse
Si le ratio dette/PIB moyen en Afrique reste globalement élevé et varie considérablement d’un pays à l’autre – dépassant 50% dans plus de 60% des pays africains cette année, avec des nations comme le Ghana, le Cap-Vert et le Soudan affichant même des niveaux supérieurs à 100% du PIB –, les perspectives à moyen terme (2026-2029) sont plus encourageantes. Afreximbank anticipe une diminution du ratio dette/PIB moyen du continent de plus de deux points de pourcentage au cours des quatre prochaines années.

Il devrait ainsi se stabiliser juste au-dessus de 55% en 2029, ce qui représente une baisse notable par rapport au pic de près de 63% enregistré en 2020. Cette amélioration est attribuée à une gestion budgétaire plus prudente et aux processus de restructuration de la dette en cours, notamment sous l’égide du cadre commun du G20, qui commencent à porter leurs fruits pour des nations comme la Zambie, l’Éthiopie et le Ghana.

Néanmoins, les risques demeurent élevés pour les pays fortement exposés aux euro-obligations, aux instruments de dette à taux variable ou aux obligations de refinancement. Les nations d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest, qui ont eu recours de manière agressive aux marchés internationaux de la dette dans les années 2010, continueront de faire face à des charges de service de la dette extérieure relativement plus élevées.

Le poids du service de la dette et la fragilité des réserves

Le ratio service de la dette/recettes publiques reste une préoccupation majeure pour la viabilité budgétaire du continent. Vingt-cinq pays africains dépassent largement le seuil de 20% fixé par le Cadre de viabilité de la dette (CVD) du FMI et de la Banque mondiale. Un groupe de pays à haut risque, dont le Mozambique, le Ghana et la Zambie, affiche des ratios dette/recettes publiques supérieurs à 50%. Dans le cas extrême du Mozambique, ce ratio dépasse même 120%, signifiant que le gouvernement consacre plus à la dette qu’il ne génère de recettes.

En conséquence, la situation des réserves de change demeure alarmante dans plusieurs pays. Près de la moitié des nations africaines (26 pays) devraient voir leurs avoirs en devises étrangères et en or tomber en dessous du seuil de couverture des importations de trois mois fixé par le FMI en 2025. Seuls trois pays se distinguent par des réserves de change solides : la République de Maurice (proche de 17 mois de couverture des importations), l’Algérie et la Libye (plus de 12 mois de couverture).

Des recommandations pour une bonne autonomie financière

Afreximbank insiste sur la grande sensibilité des perspectives d’endettement de l’Afrique à l’évolution des conditions macroéconomiques, aux performances budgétaires et aux tendances financières mondiales. Il est donc impératif d’intensifier les efforts pour améliorer la gestion de la dette, constituer des réserves budgétaires et prioriser les investissements à fort rendement économique. Les actions prioritaires devraient se concentrer sur la mobilisation des ressources nationales afin de réduire la dépendance aux créanciers commerciaux.

Le rapport recommande également de renforcer l’engagement avec les prêteurs concessionnels et d’intensifier les campagnes en faveur d’une réforme de l’architecture financière mondiale pour garantir un accès équitable aux financements concessionnels et aux dispositifs d’allègement de la dette. Ces mesures sont cruciales pour assurer une trajectoire de croissance durable et une stabilité économique à long terme pour le continent.

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