
Assurance inclusive en Afrique : l’Appel de Cotonou ouvre la voie au Pacte panafricain
Au terme de trois jours d’échanges à Cotonou, les États généraux de l’Assurance pour Tous ont débouché sur l’adoption de l’Appel de Cotonou et du Pacte panafricain pour l’assurance inclusive. Réunis autour de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF), assureurs, régulateurs, pouvoirs publics et partenaires du secteur ont arrêté une feuille de route articulée autour de 23 résolutions destinées à élargir l’accès à l’assurance sur le continent.
Face à la presse, le président de la FANAF, Mamadou Koné, et le président en exercice de l’Association des Sociétés d’Assurances du Bénin (ASA Bénin), Hervé Tchiakpé, ont expliqué les principaux engagements issus des travaux et les mécanismes retenus pour assurer leur mise en œuvre.
Pour Hervé Tchiakpè, l’organisation de ces États généraux au Bénin répondait à une réalité largement partagée sur le continent : une faible pénétration de l’assurance et des millions de personnes qui restent exclues de toute forme de protection. Selon lui, cette situation fragilise l’ensemble de l’écosystème assurantiel. Il estime que les 23 résolutions adoptées peuvent changer durablement cette réalité, à condition qu’elles soient effectivement appliquées.
Les travaux ont accordé une place importante à la perception qu’ont les populations de l’assurance. Avant même les discussions techniques, les organisateurs ont recueilli les témoignages d’usagers afin d’identifier les causes de la méfiance qui entoure encore le secteur. Les échanges ont montré que cette défiance ne s’explique pas par un seul facteur. Elle résulte notamment d’une information parfois insuffisante au moment de la souscription, d’une connaissance limitée des produits proposés et d’une faible visibilité des indemnisations effectivement versées aux assurés.
Pour les responsables du secteur, de nombreuses compagnies règlent pourtant chaque année des sinistres pour plusieurs milliards de francs CFA. Mais les bénéficiaires de ces indemnisations communiquent rarement sur leur expérience, ce qui entretient des perceptions parfois éloignées de la réalité.
Les États généraux ont également mis en évidence plusieurs domaines encore peu couverts, notamment l’assurance agricole. Les participants souhaitent développer progressivement des solutions accessibles aux exploitants agricoles, tout en encourageant la mise en place de mécanismes similaires dans d’autres secteurs où les besoins restent importants.
Présentant les conclusions des travaux, Mamadou Koné a indiqué que l’Appel de Cotonou constitue le point de départ du Pacte panafricain pour l’assurance inclusive. Ce document fixe une orientation commune pour les marchés membres de la FANAF avec l’objectif de rendre les produits d’assurance plus accessibles aux populations à faibles revenus, aux petites et moyennes entreprises, aux femmes ainsi qu’au monde agricole.
Les recommandations portent également sur l’environnement dans lequel évolue le secteur. Elles invitent les États, les administrations fiscales et les autorités de régulation à adapter les cadres juridiques et fiscaux afin de favoriser le développement de l’assurance inclusive sans remettre en cause la protection des assurés.
Parmi les 23 résolutions adoptées figurent l’approbation des conclusions techniques des ateliers, l’adoption officielle du Pacte panafricain, l’organisation de restitutions nationales dans chacun des marchés membres de la FANAF, la création d’une Journée FANAF de l’assurance inclusive ainsi que des recommandations relatives à la fiscalité, à l’inclusion des femmes et à l’évolution de la réglementation.
Les deux responsables ont insisté sur le fait que ces résolutions s’accompagnent d’un dispositif de suivi. Chaque mesure est associée à des responsables, à un calendrier de mise en œuvre et à des échéances d’évaluation. Le président de la FANAF a reçu mandat d’assurer la diffusion du Pacte auprès des ministres en charge des assurances dans les différents pays membres, tandis que les associations nationales assureront un suivi régulier de l’application des recommandations.
À chaque Assemblée générale de la FANAF, un bilan sera présenté afin d’évaluer les progrès réalisés, d’identifier les difficultés rencontrées et de partager les expériences les plus concluantes entre les différents marchés.
A tout prendre, la FANAF affiche une ambition à long terme, celle de porter le taux de pénétration de l’assurance en Afrique à un niveau deux fois supérieur à celui observé aujourd’hui d’ici 2040.
Hervé Ganhouégnon






