ECONOMIE

Afrique de l’Ouest : la monnaie Eco est-elle encore un projet réalisable ?

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Afrique de l’Ouest : la monnaie Eco est-elle encore un projet réalisable ?

Annoncée depuis plusieurs années comme une future monnaie commune de l’Afrique de l’Ouest, l’Eco continue de susciter débats, attentes et interrogations. Présenté comme un instrument destiné à faciliter les échanges commerciaux et à renforcer l’intégration régionale, le projet peine pourtant à se concrétiser, malgré les nombreuses réunions et déclarations officielles.

L’idée d’une monnaie unique pour les pays de la CEDEAO ne date pas d’hier. Depuis les années 2000, les États ouest-africains évoquent régulièrement la création d’un espace monétaire commun capable de réduire les coûts liés aux échanges entre pays voisins et de limiter la dépendance aux monnaies étrangères, notamment le dollar et l’euro.

Pour plusieurs économistes, une monnaie commune pourrait simplifier les transactions commerciales dans la région. Aujourd’hui encore, de nombreux commerçants doivent convertir plusieurs devises lorsqu’ils effectuent des opérations entre le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal. Cette situation entraîne des frais supplémentaires et expose les acteurs économiques aux variations de change.

L’Eco devait également symboliser une nouvelle étape de souveraineté monétaire pour les États africains. Dans plusieurs pays, le débat autour du franc CFA a alimenté les attentes autour d’un système considéré comme plus indépendant et davantage adapté aux réalités économiques régionales.

Des écarts économiques qui compliquent le projet

Mais entre les ambitions politiques et les réalités économiques, le chemin reste compliqué.

L’un des principaux obstacles concerne les différences importantes entre les économies de la sous-région. Le Nigeria représente à lui seul plus de 60 % du produit intérieur brut de la CEDEAO. À l’inverse, plusieurs pays disposent d’économies plus fragiles, fortement dépendantes des matières premières ou de l’aide extérieure. Dans ces conditions, harmoniser les politiques monétaires et budgétaires devient particulièrement difficile.

Les critères de convergence fixés par la CEDEAO restent également un défi pour plusieurs États. Inflation, déficit budgétaire, niveau d’endettement ou réserves de change : peu de pays parviennent à respecter durablement l’ensemble des conditions nécessaires à la mise en place d’une monnaie commune.

Les crises récentes ont davantage compliqué le calendrier. La pandémie de COVID-19, la hausse des prix mondiaux, les tensions sécuritaires au Sahel ainsi que les changements politiques intervenus dans certains pays ont poussé plusieurs gouvernements à privilégier les urgences économiques nationales plutôt que les projets régionaux de long terme.

À cela s’ajoutent des divergences politiques autour du projet lui-même. En 2019, l’annonce de la future transformation du franc CFA de l’UEMOA en Eco avait provoqué des tensions avec certains pays anglophones de la CEDEAO, qui estimaient ne pas avoir été suffisamment associés aux décisions. Depuis, les discussions avancent lentement.

Un projet toujours vivant malgré les incertitudes

Malgré ces difficultés, le projet n’a pas totalement disparu. Plusieurs responsables régionaux continuent d’affirmer leur volonté de poursuivre les travaux techniques et institutionnels nécessaires à la création de la monnaie unique. Pour certains analystes, l’Eco reste envisageable, mais probablement dans un calendrier plus long que prévu initialement.

Au-delà de la question monétaire, le débat autour de l’Eco révèle surtout les défis de l’intégration économique ouest-africaine. Routes commerciales, infrastructures, libre circulation, échanges intra-africains, harmonisation fiscale : de nombreux chantiers restent ouverts avant qu’une monnaie unique puisse fonctionner efficacement dans un espace aussi vaste et contrasté.

Pour de nombreux observateurs, la réussite d’un tel projet dépendra moins des annonces politiques que de la capacité réelle des États à construire des économies plus complémentaires et à renforcer la confiance entre les pays de la région.

Hervé Ganhouégnon

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