SOCIETE

L’heure du bilan – Emploi : Quand les jeunes et les femmes réécrivent l’économie avec le PAG

972vues

L’heure du bilan – Emploi : Quand les jeunes et les femmes réécrivent l’économie avec le PAG

Le Bénin change. Sous l’impulsion du Programme d’Action du Gouvernement (PAG), des milliers de jeunes et de femmes accèdent à l’emploi. Mais derrière les chiffres, des vies se transforment. Une dynamique économique qui redessine l’avenir rural et urbain.

Le Bénin vit une transformation silencieuse mais puissante. Le Programme d’Action du Gouvernement (PAG), piloté par le président Patrice Talon, place l’emploi des jeunes et des femmes au cœur de sa stratégie. En 2025, les résultats parlent : plus de 25 000 emplois créés pour les jeunes à travers le programme Azôli. Des start-ups fleurissent et une économie tant rurale qu’urbaine s’éveillent. Au-delà des statistiques, ce sont des histoires humaines qui donnent du sens à cette ambition.

Une jeunesse qui ose entreprendre

Prenez Kossi, 27 ans, originaire de Bantè (Centre-sud Bénin). Diplômé en agronomie, il végétait dans l’informel, enchaînant des petits boulots. En 2023, il intègre le programme Azôli de l’Agence Nationale pour l’Emploi. Ce dispositif, financé par la Banque Mondiale, forme et insère 25 000 jeunes vulnérables dans des secteurs clés.

Kossi reçoit une formation en entrepreneuriat (agro-business) et un microcrédit. Aujourd’hui, sa petite entreprise de transformation de manioc emploie six personnes. « Le PAG m’a donné une chance, mais c’est à moi de la saisir », confie-t-il, ajoutant, le regard déterminé que ce programme a changé sa vie.

Son histoire n’est pas isolée. Le PAG, avec un budget de 14 000 milliards FCFA sur 2021-2026, investit massivement dans l’agriculture, le tourisme et les énergies renouvelables. Ces secteurs, piliers de l’économie rurale, créent des opportunités concrètes. Les femmes, souvent marginalisées, bénéficient aussi de formations ciblées. À Ouidah, des coopératives féminines de transformation de sel prospèrent grâce au soutien de l’État.

Selon le Plan National de Développement (PND), en 2024, l’agriculture représente 26 % du PIB et génère 15 000 emplois directs pour les jeunes dont 60 000 dans l’agriculture et 30 000 dans le tourisme. Les énergies renouvelables, priorité du gouvernement, génèrent 10 000 postes, notamment dans l’installation de panneaux solaires en zones rurales, indique.

Des programmes qui changent la donne

Le secteur informel, qui absorbe 90 % des travailleurs béninois, commence à se structurer grâce à des formations professionnelles offert par plusieurs agences. Le Programme Spécial d’Insertion des Jeunes dans l’Emploi (PSIE) illustre cette ambition. Depuis 2019, il place 2 000 diplômés par an dans des entreprises publiques et privées. Les bénéficiaires, comme Kossi, acquièrent des compétences pratiques et un réseau. Mais le PSIE ne se contente pas d’insertion. Il encourage l’auto-emploi. En 2024, 1 200 jeunes formés ont lancé leur propre entreprise, souvent dans l’agroalimentaire ou le tourisme.

Le secteur des énergies renouvelables prendre aussi d’ampleur. Le Bénin mise sur le solaire et la biomasse pour électrifier ses zones rurales. Résultat : 3 000 emplois techniques créés en 2024, notamment pour les jeunes formés. Ces initiatives s’alignent sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), renforçant l’attractivité du Bénin auprès des investisseurs.

Défis à relever

Le chemin reste long. La bureaucratie freine parfois l’accès aux financements. Les jeunes ruraux, loin des centres de décision, manquent d’information sur les programmes. Et si l’enthousiasme est palpable, la pérennité des emplois créés interroge dans un écosystème économique exsangue, fait de méfiance et de défiance.

Mais les chiffres masquent des failles.  Le sous-emploi touche encore 72 % de la population active, selon la Banque Mondiale. Neuf travailleurs sur dix opèrent dans l’informel, un frein à la stabilité économique. Les jeunes, bien que mieux formés (47 % ont un niveau secondaire ou supérieur), peinent à trouver des emplois qualifiés. Seulement 18 % des jeunes approuvent les efforts du gouvernement en matière de création d’emplois, révèle Afrobaromètre.

Ces chiffres pointent une faiblesse : la dépendance aux programmes publics. Le PAG, bien qu’ambitieux, repose sur des financements internationaux. Que se passera-t-il si ces fonds se tarissent ? De plus, les formations négligent parfois les réalités rurales. Les jeunes de Kandi ou Djougou, loin des centres de décision, accèdent difficilement aux opportunités.

Une vision à long terme

Pourquoi ce décalage ? D’abord, l’économie rurale, bien que dynamisée, reste fragile. Les investissements dans l’agriculture (30 % du PIB) boostent la productivité, mais l’accès au crédit reste un frein pour les jeunes entrepreneurs. Ensuite, la formation professionnelle, bien que renforcée, ne couvre pas tous les besoins.

Les BAC généraux, par exemple, ne sont pas éligibles au PSIE, privant une large partie de la jeunesse d’opportunités. Enfin, la dépendance aux importations et les tensions régionales, comme la sortie de pays voisins de la CEDEAO, menacent la stabilité économique.

Patrice Talon ne s’en cache pas : le Bénin doit devenir un hub économique. La Vision 2060, adoptée par le parlement début juillet 2025, projette un pays prospère, porté par une jeunesse formée et une économie diversifiée. Le tourisme, avec 600 milliards FCFA investis, attire des visiteurs à Ouidah, Porto-Novo, Ganvié et Abomey, créant des emplois dans l’hôtellerie et l’artisanat. Mais pour réussir, le gouvernement doit renforcer l’accès aux financements pour les start-ups rurales et investir dans l’éducation de base.

Les opportunités existent, mais elles exigent audace et préparation. Le PAG n’est pas parfait, mais il est un tremplin. Comme Kossi, chaque jeune doit transformer ses rêves en réalité en saisissant les programmes comme Azôli ou PSIE, et osez entreprendre.

Yêdafou KOUCHÉMIN

Laisser une reponse