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ZLECAF : l’intégration économique africaine à l’épreuve du concret

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ZLECAF : l’intégration économique africaine à l’épreuve du concret

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) demeure l’un des chantiers les plus ambitieux du continent. Lancée avec l’objectif de créer un vaste marché unique de 1,3 milliard de consommateurs, elle vise à stimuler les échanges intra-africains, renforcer la production locale et réduire la dépendance aux importations. Mais, plus de cinq ans après son entrée en vigueur, la ZLECAF se trouve aujourd’hui à l’épreuve du concret, entre avancées réelles et défis persistants.

Sur le papier, les chiffres restent encourageants. Les États africains ont franchi des étapes importantes en matière de ratification et d’alignement des textes, et plusieurs accords de mise en œuvre ont été signés. Dans certains secteurs, des résultats tangibles commencent à apparaître, notamment dans l’agro-alimentaire, les produits manufacturés et les services. Des entreprises africaines profitent désormais d’un accès plus large à des marchés voisins, ce qui contribue à améliorer leur compétitivité et à renforcer les chaînes de valeur régionales.

Pour autant, la ZLECAF n’a pas encore pleinement transformé le paysage économique africain. Le principal défi demeure la mise en œuvre effective des accords, notamment au niveau national. Les obstacles logistiques et infrastructurels restent majeurs : routes, corridors de transport, ports et systèmes de douanes doivent encore être modernisés pour permettre une circulation fluide des biens. Dans plusieurs pays, les procédures administratives et les barrières non tarifaires freinent encore les échanges, alors même que les entreprises réclament une simplification des formalités et une réduction des coûts.

Au-delà des infrastructures, l’intégration africaine se heurte également à des enjeux politiques et institutionnels. Les États doivent harmoniser leurs normes, renforcer la coopération entre administrations et consolider des mécanismes de règlement des différends. Cette harmonisation est indispensable pour instaurer une confiance durable entre les acteurs économiques et garantir une application uniforme des règles du jeu.

La question de la transformation locale est également au cœur du débat. La ZLECAF ne se limite pas à la suppression des droits de douane ; elle doit aussi permettre aux industries africaines de monter en gamme, d’innover et de produire davantage sur le continent. Pour y parvenir, les pays doivent investir dans l’éducation, la formation professionnelle, la technologie et la recherche, tout en soutenant les petites et moyennes entreprises, souvent les plus vulnérables face à la concurrence.

Enfin, la réussite de la ZLECAF dépendra de l’adhésion des citoyens et des entreprises. Il est essentiel que les populations perçoivent les bénéfices de l’intégration, notamment à travers la création d’emplois, la baisse des prix et l’amélioration de la qualité des produits. C’est également un enjeu de gouvernance : les autorités doivent assurer une communication transparente sur les réformes et accompagner les secteurs en transition.

Dans un contexte mondial marqué par la fragmentation des chaînes de valeur et une concurrence accrue, la ZLECAF représente une opportunité stratégique pour l’Afrique. Si elle parvient à surmonter ses défis de mise en œuvre, elle pourrait devenir un moteur puissant de croissance, d’industrialisation et de développement durable sur le continent. Mais pour que ce scénario se concrétise, l’heure est à la vitesse d’exécution : l’intégration africaine ne doit plus être seulement un projet politique, elle doit devenir une réalité économique palpable.

Hervé Ganhouégnon

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