ECONOMIE

Vide institutionnel à l’AMF-UMOA : menaces sur la confiance et le financement régional

939vues

Vide institutionnel à l’AMF-UMOA : menaces sur la confiance et le financement régional

L’Autorité des marchés financiers de l’UEMOA (AMF-UMOA) traverse une période critique. Le départ de son président et l’expiration des mandats de son collège plongent l’institution dans une vacance de gouvernance aux conséquences potentiellement lourdes pour la stabilité et la confiance sur le marché financier régional.

Depuis le 8 octobre 2025, date à laquelle Badanam Patoki a quitté la présidence pour devenir ministre au Togo, l’AMF-UMOA se retrouve sans leadership opérationnel, et aucun mécanisme de délégation n’est prévu pour les cadres restants. Cette situation bloque les activités essentielles de supervision, d’agrément et de contrôle des marchés financiers, avec des risques de retard sur les appels publics à l’épargne, les levées de fonds privés, ou l’agrément d’OPCVM.

Mamadou Sidibe, analyste financier dans la région, souligne : « Sans régulateur opérationnel, la conformité des acteurs et la sécurité des transactions sont compromises, ce qui pourrait affecter tout le marché régional. »

Les États membres de l’UEMOA dépendent fortement du marché obligataire régional pour leur financement : au 1er trimestre 2025, près de 2 970 milliards FCFA ont été mobilisés sur le marché primaire, avec un total collecté de 4 751 milliards FCFA au 30 avril 2025. Dans ce contexte, un vide institutionnel au sein de l’AMF pourrait entraîner une hausse des coûts de financement, une baisse de la liquidité et un recul de la confiance des investisseurs.

Pour les acteurs privés, l’absence de régulation efficace freine les levées de fonds, retarde l’approbation des émissions et augmente le risque juridique. Les réformes en cours (application des IFRS, protection des épargnants, développement du capital-investissement) risquent de stagner.

Malgré ces difficultés, l’AMF-UMOA reste reconnue à l’échelle internationale : elle a été élue à la présidence de l’IFREFI (Institut Francophone de la Régulation Financière) pour deux ans et continue de promouvoir les normes internationales et la durabilité dans la finance régionale.

Pour éviter une crise de confiance et un blocage du marché, les États membres de l’UEMOA doivent agir rapidement pour nommer un nouveau président, renouveler le collège et rétablir la gouvernance. L’AMF reste le pilier central de la régulation, garantissant transparence, protection des investisseurs et intégrité du marché.

Comme le souligne un acteur du marché, « la vacance actuelle ne peut durer ; sans régulateur pleinement opérationnel, c’est toute l’intégration financière régionale qui est fragilisée. »

L’AMF-UMOA n’est pas seulement un régulateur : c’est la colonne vertébrale du marché financier régional. Sa vacance institutionnelle représente un risque majeur pour les États, les banques et les investisseurs. Un redressement rapide est essentiel pour maintenir la confiance, sécuriser les levées de fonds et soutenir la croissance économique dans la zone UEMOA.

Hervé Ganhouégnon

Laisser une reponse