
Taux d’intérêt et inflation : la difficile équation des banques centrales africaines

Sur tout le continent, les banques centrales africaines tentent de concilier deux impératifs contradictoires : endiguer l’inflation persistante et soutenir la croissance économique. Depuis deux ans, la plupart ont opté pour des politiques monétaires restrictives, au risque de freiner l’investissement et d’aggraver le coût du crédit pour les entreprises.
Après les chocs de 2022–2023 (pandémie, guerre en Ukraine, flambée des prix de l’énergie et des engrais), les économies africaines subissent toujours une inflation supérieure aux objectifs officiels.
En Afrique de l’Ouest, la BCEAO a choisi en septembre 2025 de maintenir son taux directeur à 3,25 %, estimant que la pression inflationniste, bien qu’en repli, restait fragile.
En Afrique centrale, la BEAC poursuit une ligne plus ferme, avec un taux directeur à 6 %, afin de contenir la surliquidité bancaire liée aux revenus pétroliers.
Dans les pays anglophones, la Bank of Ghana et la Central Bank of Nigeria affichent des politiques encore plus restrictives :
- Ghana : taux directeur porté à 21,5 %, après une inflation encore au-dessus de 30 % ;
- Nigeria : 27,25 %, pour stabiliser la monnaie et contenir la flambée des prix après les réformes de change
« Les politiques monétaires africaines sont devenues le principal outil de stabilisation, mais elles ne peuvent pas, à elles seules, corriger les déséquilibres structurels », souligne un économiste de la BAD.
Une croissance sous pression
Ce durcissement généralisé a des effets tangibles : le crédit bancaire aux PME ralentit, les taux sur les obligations d’État augmentent et les projets d’investissement public sont différés.
Dans un continent où plus de 60 % de la population dépend du secteur informel, la hausse du coût de l’argent accentue les tensions sociales sans forcément freiner l’inflation, souvent liée à des facteurs d’offre (logistique, climat, importations).
Chaque sous-région compose selon ses réalités :
- En Afrique australe, la South African Reserve Bank maintient un taux de 8,25 %, tout en modulant sa communication pour rassurer les investisseurs.
- En Afrique de l’Est, la Bank of Kenya mise sur une approche graduelle, privilégiant la stabilité du shilling plutôt que la seule lutte contre l’inflation.
- En Afrique du Nord, les banques centrales, notamment au Maroc et en Égypte, ajustent leurs politiques pour protéger leurs réserves de change.
Malgré ces différences, un constat s’impose : les leviers monétaires montrent leurs limites face à des économies encore dépendantes des importations et vulnérables aux chocs extérieurs.
De plus en plus d’analystes plaident pour une coordination entre politique monétaire et politique budgétaire.
Les banques centrales peuvent stabiliser la monnaie, mais la solution durable passe par :
- le renforcement des chaînes de valeur locales,
- l’investissement dans les infrastructures logistiques et énergétiques,
- et le soutien à la production agricole pour réduire la dépendance importée.
Face à une inflation persistante et des économies fragiles, les banques centrales africaines avancent sur une ligne étroite.
Elles doivent désormais réinventer leur rôle, non plus seulement comme gardiennes de la stabilité des prix, mais comme actrices de la transformation économique.
Hervé Ganhouégnon






