
Sénégal : Entre transition politique et ambitions économiques, un modèle à consolider
Le Sénégal aborde une nouvelle phase de son histoire économique. Après la transition politique pacifique de 2024, marquée par l’élection du président Bassirou Diomaye Faye, le pays cherche à concilier stabilité, réformes structurelles et accélération du développement. Dans un contexte régional incertain, l’économie sénégalaise affiche une résilience notable, mais doit encore transformer son potentiel en croissance inclusive et durable.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance du PIB sénégalais devrait atteindre 7,1 % en 2025, soutenue par la reprise des investissements publics, la relance de l’agriculture et les premières recettes issues de la production de pétrole et de gaz.
Cette performance contraste avec les années 2022–2023, marquées par des tensions sociales, une inflation record (plus de 9 %) et des retards dans plusieurs chantiers d’infrastructures.
Mais le retour de la confiance est perceptible : la stabilisation des prix, la reprise de la consommation et l’engagement du gouvernement à rationaliser la dépense publique laissent entrevoir une trajectoire plus saine.
Les hydrocarbures, promesse et prudence
La mise en exploitation du champ pétrolier Sangomar et du projet gazier GTA (Grande Tortue Ahmeyim) ouvre des perspectives inédites pour les finances publiques.
À moyen terme, ces ressources pourraient rapporter entre 1 et 1,5 milliard de dollars par an, de quoi financer des investissements structurants dans les secteurs clés : énergie, éducation, santé, et agriculture.
Mais plusieurs économistes mettent en garde contre le « syndrome hollandais » — cette dépendance excessive aux ressources naturelles qui fragilise la diversification économique. Pour l’éviter, Dakar devra veiller à canaliser ces revenus vers la transformation productive et la création d’emplois.
Réformes et inclusion : les véritables défis
Malgré des progrès tangibles, l’économie sénégalaise reste marquée par de fortes disparités.
Le chômage des jeunes dépasse encore 18 %, et le secteur informel représente plus de 90 % de l’emploi total. Le nouveau gouvernement mise sur un plan de souveraineté économique centré sur l’agriculture, l’entrepreneuriat local et l’innovation numérique.
Les initiatives de soutien aux PME, la digitalisation de l’administration et les efforts pour améliorer le climat des affaires sont salués par les institutions internationales, mais leur impact reste à consolider.
Sur le plan macroéconomique, la stabilité du franc CFA et la discipline budgétaire renforcent la crédibilité du Sénégal dans la zone UEMOA. Toutefois, la dette publique, proche de 75 % du PIB, appelle à la vigilance.
La réussite des prochaines années dépendra de la capacité du pays à maintenir un équilibre délicat : transformer ses ressources naturelles sans sacrifier la diversification économique, et renforcer la justice sociale sans compromettre la stabilité budgétaire.
Le Sénégal demeure l’un des pôles les plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest.
Entre la prudence du réalisme économique et l’audace des réformes, Dakar joue une partition délicate : celle d’un pays qui veut devenir un modèle africain de croissance maîtrisée, inclusive et souveraine.
Hervé Ganhouégnon






