ECONOMIE

Sénégal : A l’aube d’un tournant économique majeur avec l’exploitation pétrolière et gazière

608vues

Sénégal : A l’aube d’un tournant économique majeur avec l’exploitation pétrolière et gazière

Le Sénégal s’apprête à entrer dans une nouvelle ère économique avec le démarrage tant attendu de la production de pétrole et de gaz en 2025. Soutenu par une croissance stable, des réformes institutionnelles et une volonté de diversification, le pays ambitionne de devenir un moteur économique de l’Afrique de l’Ouest, tout en évitant les pièges de la “malédiction des ressources”.

Avant même l’exploitation de ses ressources naturelles, le Sénégal affichait une croissance robuste, avec une moyenne de 5 à 6 % par an depuis 2014 (hors années Covid). Ce dynamisme s’explique en partie par les investissements massifs dans les infrastructures : routes, énergie, transports, urbanisme, zones industrielles.

Le Plan Sénégal Émergent (PSE), initié en 2014, reste le cadre de référence de la stratégie économique du pays. Il vise à faire du Sénégal un pays émergent à l’horizon 2035, en misant sur l’industrialisation, la modernisation de l’agriculture, et le développement du capital humain.

L’or noir et le gaz : catalyseurs ou mirage ?

L’entrée en production des gisements pétroliers et gaziers offshore, notamment les projets Sangomar (pétrole) et GTA (gaz naturel liquéfié), marque une étape déterminante pour l’économie sénégalaise. Les premières extractions devraient générer des recettes fiscales et d’exportation considérables, avec un impact direct sur la balance des paiements et les finances publiques.

Mais au-delà des promesses, les autorités insistent sur une gestion prudente et transparente des ressources, avec la mise en place d’un Fonds souverain et d’un cadre légal inspiré des bonnes pratiques internationales. L’enjeu : éviter le syndrome du “tout pétrole” et faire des revenus hydrocarbures un levier de transformation économique durable.

 Cap sur l’industrialisation et la souveraineté économique

Dans le sillage de cette nouvelle manne, le gouvernement veut accélérer l’industrialisation, notamment dans les secteurs agroalimentaires, textiles, pharmaceutiques et énergétiques. Des zones économiques spéciales (ZES) ont été mises en place pour attirer les investisseurs, comme à Diamniadio, près de Dakar.

Parallèlement, le Sénégal mise sur une transition énergétique juste, avec des investissements dans les énergies renouvelables (solaire, éolien), afin de garantir une énergie compétitive et durable pour les ménages comme pour les entreprises.

 Une diplomatie économique active et un positionnement régional stratégique

Fort d’une stabilité politique relative et d’une tradition diplomatique solide, le Sénégal se positionne comme un acteur clé dans la sous-région. Membre de l’UEMOA, de la CEDEAO et signataire actif de la ZLECAf, le pays entend devenir une plateforme régionale de services, de logistique et de finance.

La position géographique de Dakar, son port en modernisation, et ses ambitions aéroportuaires (AIBD) en font un nœud de connexion entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique latine.

 Des défis sociaux à ne pas négliger

Malgré ces perspectives prometteuses, des défis majeurs subsistent : chômage élevé des jeunes, inégalités entre zones urbaines et rurales, pression démographique, et accès limité à des services sociaux de qualité.

La récente alternance politique de 2024, marquée par l’élection du président Bassirou Diomaye Faye, a mis en lumière les attentes sociales fortes, en particulier autour de la justice sociale, de la gouvernance et de la répartition équitable des richesses.

Avec l’arrivée du pétrole et du gaz, le Sénégal aborde un tournant décisif de son histoire économique. Entre opportunité historique et risques bien connus, le pays devra réussir le pari de transformer ses ressources naturelles en développement humain durable, tout en consolidant ses acquis économiques et sociaux. L’Afrique de l’Ouest observe attentivement ce test grandeur nature.

Laisser une reponse