ECONOMIE

Résilience des pays émergents : chance ou stratégie ?

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Résilience des pays émergents : chance ou stratégie ?

Ces dernières années, les pays émergents ont surpris par leur capacité à encaisser les secousses de l’économie mondiale. Malgré la montée des taux d’intérêt, les tensions géopolitiques ou les flambées inflationnistes, nombre d’entre eux ont su préserver la stabilité de leurs marchés et maintenir la confiance des investisseurs. Une question s’impose alors : cette résilience relève-t-elle d’un heureux concours de circonstances ou du résultat d’une véritable stratégie économique ?

Il serait faux de nier le rôle du contexte international. Certains pays émergents ont profité d’un environnement encore favorable : des conditions de financement mondiales relativement souples à certaines périodes, une demande soutenue pour les matières premières, et une réorganisation des échanges qui a renforcé les partenariats Sud-Sud.
Ces éléments ont constitué des bouffées d’air bienvenues. Mais leur nature conjoncturelle limite leur portée. Autrement dit, la chance a aidé, sans tout expliquer.

Derrière cette solidité apparente, on observe une évolution plus profonde. Ces dernières années, plusieurs pays émergents ont renforcé leurs cadres monétaires et budgétaires, améliorant la transparence, la rigueur et la crédibilité de leurs politiques économiques.

Les banques centrales y ont gagné en indépendance, réduisant leur exposition aux pressions politiques et budgétaires. Le recours aux interventions massives sur les marchés des changes s’est atténué, signe d’une plus grande confiance dans les mécanismes de marché.
De même, la discipline budgétaire s’est imposée comme un pilier : moins de déficits, une meilleure gestion de la dette et des priorités clairement établies.

Des écarts qui risquent de se creuser

Toutefois, cette réussite n’est pas uniforme. Les pays dotés d’institutions robustes et de politiques cohérentes seront mieux armés pour faire face à d’éventuelles crises d’aversion au risque.

À l’inverse, ceux qui tardent à renforcer leurs cadres risquent de subir les effets d’un désancrage des anticipations d’inflation, d’une perte de confiance et de coûts économiques plus élevés. Dans ces cas-là, les interventions sur les marchés des changes, souvent coûteuses, ne sont qu’un pansement temporaire.

En définitive, la résilience des pays émergents ne peut plus être perçue comme un simple coup de chance. Elle traduit la montée en compétence des décideurs publics, la solidification des institutions économiques et la capacité à tirer les leçons des crises passées.

Le défi désormais est clair : transformer cette résilience conjoncturelle en solidité structurelle, pour que les pays émergents ne dépendent plus des aléas extérieurs, mais de la force de leur propre stratégie.

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