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Regards sur le 8 mars : les femmes, moteur encore sous-exploité de la croissance en Afrique

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Regards sur le 8 mars : les femmes, moteur encore sous-exploité de la croissance en Afrique

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la question de la place des femmes dans l’économie revient au cœur des débats. Au-delà des symboles, les données économiques montrent une réalité claire : le potentiel économique des femmes reste largement sous-exploité en Afrique.

Dans de nombreux pays du continent, les femmes jouent pourtant un rôle central dans l’activité économique. Elles dominent plusieurs segments clés de l’économie informelle, notamment le commerce de détail, la transformation agroalimentaire ou encore les petites activités de services. Selon plusieurs études internationales, les femmes représentent près de 60 % de la main-d’œuvre dans l’économie informelle africaine, un secteur qui contribue significativement au produit intérieur brut de nombreux États.

Un entrepreneuriat féminin dynamique mais fragile

L’Afrique est souvent présentée comme l’une des régions du monde où l’entrepreneuriat féminin est le plus dynamique. Des millions de femmes créent et dirigent de petites et moyennes entreprises dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de l’artisanat ou encore des services.

Cependant, cette dynamique entrepreneuriale se heurte à plusieurs obstacles structurels. L’accès au financement demeure l’un des principaux freins. Les femmes entrepreneurs rencontrent souvent plus de difficultés que les hommes pour obtenir des crédits auprès des institutions financières, faute de garanties suffisantes ou d’actifs formels.

Selon les estimations de la Banque mondiale, le déficit de financement des entreprises dirigées par des femmes en Afrique se chiffre à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

L’inclusion financière, un enjeu stratégique

Dans ce contexte, les initiatives visant à renforcer l’inclusion financière des femmes se multiplient. Le développement du mobile money, des fintechs et des solutions de paiement digital ouvre de nouvelles perspectives pour l’autonomisation économique féminine.

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, les services de monnaie électronique ont permis à des millions de femmes d’accéder pour la première fois à des services financiers formels : épargne, transferts d’argent, paiements ou microcrédit.

Cette transformation digitale contribue progressivement à réduire les barrières d’accès aux services financiers, même si les écarts entre hommes et femmes restent encore significatifs.

Au-delà des enjeux sociaux, l’autonomisation économique des femmes représente un véritable levier de croissance pour les économies africaines. Plusieurs institutions internationales estiment que réduire les inégalités économiques entre hommes et femmes pourrait générer des gains de croissance importants.

Autrement dit, intégrer davantage les femmes dans les circuits formels de l’économie, améliorer leur accès au financement et soutenir leurs initiatives entrepreneuriales pourrait contribuer à accélérer la transformation économique du continent.

Une transformation encore inachevée

Malgré les progrès réalisés ces dernières années, les défis restent nombreux. L’accès à la propriété foncière, la formation professionnelle, la protection sociale ou encore la représentation des femmes dans les instances de décision économique demeurent des chantiers majeurs.

À l’occasion du 8 mars, le message est donc clair : l’économie africaine ne pourra pleinement exploiter son potentiel que si les femmes disposent des mêmes opportunités économiques que les hommes.

Car derrière les revendications d’égalité se cache aussi une évidence économique : investir dans les femmes, c’est investir dans la croissance.

Hervé Ganhouégnon

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