Plan de Redressement du Sénégal, un pas en avant mais une dette toujours en suspens selon le professeur Amath Ndiaye

Plan de Redressement du Sénégal, un pas en avant mais une dette toujours en suspens selon le professeur Amath Ndiaye
Le gouvernement sénégalais a dévoilé son Plan de Redressement Économique et Social (PRES) pour la période 2025-2028, une initiative ambitieuse visant une plus grande autonomie financière. Le plan prévoit de mobiliser 6 400 milliards FCFA, principalement via une meilleure gestion des dépenses et un renforcement de la fiscalité. L’objectif est clair : se libérer de la dépendance aux financements extérieurs.
Cependant, selon le professeur Amath Ndiaye, un économiste de renom, cette stratégie, bien que louable, semble incomplète. Le plan se concentre sur l’équilibre budgétaire, mais ne prend pas en compte le poids écrasant de la dette publique.
Un plan budgétaire qui ignore la dette
Le PRES vise à couvrir les besoins budgétaires, mais il laisse un vide béant face aux obligations financières totales de l’État. Sur la période 2025-2028, les besoins financiers cumulés du Sénégal, qui incluent le déficit budgétaire et le remboursement de la dette, s’élèvent à près de 22 480 milliards FCFA. Le plan du gouvernement ne couvre donc qu’une fraction de ces besoins, laissant le service de la dette – capital et intérêts – largement à la merci des financements extérieurs.
Cette analyse met en lumière une contradiction majeure : si le Sénégal espère financer jusqu’à 90 % de ses dépenses courantes avec ses propres ressources, il reste totalement dépendant de l’étranger pour la gestion de sa dette. C’est particulièrement vrai pour les échéances futures liées aux euro-obligations et aux dettes bilatérales.
Le défi persistant de la dépendance extérieure
Au-delà de la dette, le déficit courant de la balance des paiements, qui était de 2 478 milliards FCFA en 2024, confirme cette dépendance structurelle. Ce déséquilibre, alimenté par un déficit commercial chronique, rend le Sénégal dépendant des investissements directs étrangers (IDE) et de la dette externe pour maintenir ses comptes en équilibre.
Le professeur Ndiaye met en garde contre une “souveraineté financière mal définie” qui pousserait l’État à accaparer les ressources des marchés de capitaux nationaux. Une telle approche risquerait d’étouffer le secteur privé en augmentant le coût du crédit et, par conséquent, de freiner la croissance économique.
Pour atteindre une véritable indépendance financière, le Sénégal devra intégrer à sa stratégie un plan de restructuration de la dette publique, un meilleur pilotage de l’endettement et une politique de réduction du recours aux financements non concessionnels. Le PRES est un pas important vers la maîtrise du budget, mais il ne répond pas encore à la question du financement de la dette, qui demeure le principal défi du pays pour les années à venir.






