
Or ivoirien : traçabilité, encadrement et partenariats pour stopper l’hémorragie

Face aux pertes colossales liées à la contrebande d’or estimées à plus de 4 milliards de dollars en 2025 la Côte d’Ivoire renforce son arsenal de lutte. Un accord a été signé avec la Banque mondiale et le World Gold Council pour structurer l’exploitation artisanale et à petite échelle de l’or, souvent à l’origine des fuites illégales.
Chaque année, entre 30 et 40 tonnes d’or quittent illégalement la Côte d’Ivoire, échappant à tout contrôle étatique. Cette situation prive le pays de milliards de dollars de recettes fiscales. Désormais, les autorités veulent inverser la tendance en structurant un secteur minier artisanal trop longtemps laissé en marge.
Le vendredi 11 juillet 2025, le gouvernement ivoirien a franchi une nouvelle étape dans la lutte contre l’orpaillage illégal en scellant un partenariat stratégique avec la Banque mondiale et le World Gold Council. L’objectif : encadrer et formaliser l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), qui constitue aujourd’hui le principal vecteur de contrebande d’or.
Baptisé MSPI (Partenariat multipartite pour une exploitation minière à petite échelle durable et responsable), ce projet réunit également des entreprises minières comme Endeavour Mining et Perseus Mining, ainsi que la Chambre des Mines de Côte d’Ivoire. L’initiative prévoit, entre autres, des programmes de formation à destination des petits mineurs, afin de les sensibiliser aux normes environnementales et sociales, et leur ouvrir l’accès aux circuits légaux de commercialisation de l’or.
Le World Gold Council ambitionne de créer des modèles de mines à petite échelle, entièrement traçables, dont la production sera légalement commercialisée. Si les contours financiers et opérationnels du projet restent à préciser, son objectif est clair : récupérer une part significative de l’or ivoirien qui échappe aujourd’hui au contrôle de l’État.
En 2024, un rapport de l’ONG suisse SWISSAID alertait déjà sur l’ampleur du phénomène, estimant les pertes à environ 40 tonnes d’or par an, soit plus de 4 milliards de dollars au prix actuel. Ce chiffre double les estimations de 2022. Le problème est d’autant plus préoccupant que la production artisanale d’or ne cesse d’augmenter, dans le sillage d’un secteur industriel en plein essor.
Le phénomène est également nourri par des facteurs géopolitiques et sociaux : l’arrivée de migrants venus du Burkina Faso et du Mali, fuyant les violences dans leurs pays, et la récupération de territoires autrefois sous contrôle rebelle. La Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé : le Mali, le Ghana ou encore l’Afrique du Sud font face aux mêmes défis.
Inspiré par certaines pratiques mises en place au Ghana, qui combine répression et programmes d’insertion, le gouvernement ivoirien mise pour sa part sur la sensibilisation des populations locales. Le ministre des Mines, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, mène actuellement une tournée nationale pour impliquer les communautés dans la surveillance du territoire, le signalement d’activités illégales et la recherche d’alternatives économiques.
Alors que la première phase du MSPI doit s’achever en 2025, les autorités ivoiriennes espèrent amorcer un tournant décisif. Car au-delà des pertes économiques, la lutte contre l’orpaillage illégal est aussi un enjeu de sécurité, d’environnement et de souveraineté. La reconquête de ce précieux métal est désormais une priorité nationale.






