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Nigeria : la Banque centrale suspend dividendes et primes pour les banques non recapitalisées

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Nigeria : la Banque centrale suspend dividendes et primes pour les banques non recapitalisées

La Banque centrale du Nigeria (CBN) a pris une mesure forte pour renforcer la stabilité du secteur bancaire : à compter du 17 juin 2025, les banques n’ayant pas encore atteint les seuils exigés dans le cadre du programme national de recapitalisation se voient interdites de distribuer des dividendes à leurs actionnaires ou de verser des primes à leurs dirigeants.

Cette décision, formalisée dans une note officielle, impose également aux établissements concernés de suspendre tout investissement dans des filiales étrangères ou sociétés offshore. L’objectif affiché est clair : préserver les fonds propres, favoriser la rétention du capital et assainir les portefeuilles d’actifs à risque.

Une circulaire publiée quelques jours auparavant avait déjà averti les banques sous “tolérance réglementaire” de la nécessité de suspendre les distributions financières. Selon la CBN, cette stratégie vise à “résoudre durablement les problèmes liés à la qualité des portefeuilles de prêts”, et à assurer une assise financière plus solide à long terme.

« Toutes les banques souhaitant continuer à verser des dividendes doivent d’abord provisionner intégralement leurs créances douteuses, ce qui pèsera inévitablement sur leur rentabilité », a expliqué Adetilewa Adebajo, directeur général de CFG Advisory. Il estime néanmoins que cette politique de prudence pourrait, à terme, « améliorer la valeur des actions grâce à une meilleure rétention du capital ».

Des inquiétudes sur les marchés

Cette initiative ne fait cependant pas l’unanimité. L’Association des maisons de courtage du Nigeria (ASHON) redoute un impact négatif sur le marché boursier. Son président, Sam Onukwue, s’inquiète :

« Cette suspension indéfinie risque d’éroder la confiance des investisseurs et d’entraîner des ventes massives d’actions bancaires à la Bourse de Lagos. Une approche plus discrète aurait permis d’éviter la volatilité. »

Il alerte également sur les possibles effets secondaires pour les banques qui peinent encore à lever les capitaux nécessaires avant l’échéance de mars 2026 :

« Sans solution alternative, cette directive pourrait freiner leurs efforts de recapitalisation. »

Des progrès encourageants malgré tout

La CBN se veut toutefois rassurante. Elle affirme que la majorité des banques nigérianes ont déjà respecté, ou sont en bonne voie de respecter, les nouvelles exigences de capitalisation. Le dialogue reste ouvert avec les établissements concernés pour assurer une mise en œuvre progressive et équilibrée de ces mesures.

Pour rappel, selon la Securities and Exchange Commission (SEC), les sociétés cotées à la Bourse nigériane (NGX) ont distribué un total de 1 100 milliards de nairas (environ 712 millions de dollars) de dividendes en 2024, dont près de 1 000 milliards déjà versés.

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