ECONOMIE

Nationalisation de la SML : Le Niger reprend le contrôle de son or

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Nationalisation de la SML : Le Niger reprend le contrôle de son or

Le gouvernement nigérien a récemment annoncé la nationalisation de la Société des Mines du Liptako (SML SA), l’unique mine d’or industrielle du pays. Cette décision, prise par le général Abdourahamane Tiani, s’inscrit dans une politique souverainiste plus large, qui vise à reprendre le contrôle total des ressources naturelles stratégiques du pays. Cette démarche est une illustration claire de la volonté des autorités de Niamey de réaffirmer leur souveraineté économique face aux acteurs étrangers.

La nationalisation de la SML est officiellement justifiée par le non-respect des engagements contractuels de l’ancien propriétaire, le groupe australien McKinel Resources Limited. En 2019, lors de l’acquisition de 80 % des actions de la SML, l’entreprise s’était engagée à un plan de relance ambitieux, incluant un investissement d’au moins 10 millions de dollars. Ce plan devait moderniser les installations, relancer la production et garantir la pérennité des emplois.

Cependant, selon le gouvernement nigérien, aucun plan d’investissement n’a été présenté, la production est restée faible (177 kg en 2023), et l’entreprise s’est endettée, accumulant des arriérés fiscaux et des retards de salaires. Cette situation a eu des conséquences sociales désastreuses, comme des licenciements massifs et la suspension des protections sociales des travailleurs.

Une tendance au “ressourcisme” étatique

Cette nationalisation n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une série de décisions stratégiques prises par Niamey dans le secteur extractif. Le gouvernement nigérien semble privilégier une approche étatique et centralisée pour la gestion de ses richesses. Par le passé, la junte a déjà nationalisé la Somaïr, filiale du groupe français Orano dans l’uranium, et a également ordonné le départ de travailleurs de la China National Petroleum Corporation (CNPCNP), accusant l’entreprise d’un “mépris des réglementations”. En outre, le pays a suspendu l’exportation de pierres précieuses, semi-précieuses et de météorites afin de mieux en contrôler la valorisation sur son propre territoire.

Cette politique de “ressourcisme” vise à maximiser les bénéfices pour l’État et le peuple nigérien, en limitant l’influence et le contrôle des entreprises étrangères. Cependant, elle soulève des questions sur la capacité de l’État à gérer efficacement ces industries complexes et sur l’impact potentiel sur les futurs investissements étrangers. La nationalisation pourrait être perçue comme un risque politique élevé pour les investisseurs, ce qui pourrait rendre le pays moins attractif pour des partenariats à long terme.

La SML détient deux permis d’exploitation, pour les gisements de Samira Libiri et Boulondjounga. Le succès ou l’échec de cette nationalisation pourrait bien servir de baromètre pour la nouvelle politique minière du Niger et son modèle de développement économique.

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