ECONOMIE

Mobile money en Afrique : L’épargne en plein essor, le crédit à la traîne

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Mobile money en Afrique : L’épargne en plein essor, le crédit à la traîne

La révolution du mobile money est en marche sur le continent africain, mais elle avance à deux vitesses. Tandis que des millions d’Africains se tournent vers leur téléphone pour épargner, la promesse d’un accès facilité au crédit digital peine à se concrétiser. C’est le constat paradoxal d’un récent rapport de la Banque mondiale, qui souligne la nécessité de lever les freins pour que cette technologie passe d’un simple outil d’épargne à un véritable moteur d’inclusion financière et de développement économique.

Selon le rapport “The Global Findex Database 2025”, l’adoption du mobile money a bondi, passant de 27 % à 40 % de la population adulte africaine en seulement trois ans, ce qui en fait le taux le plus élevé au monde. Cette croissance est directement liée à l’épargne digitale. Aujourd’hui, 23 % des adultes africains utilisent leur compte mobile pour mettre de l’argent de côté, contre 13 % en 2021.

Cette dynamique est particulièrement visible dans des pays comme le Ghana, le Kenya, le Sénégal et l’Ouganda, où plus de la moitié des adultes épargnent via leur téléphone. La facilité d’accès aux agents de proximité, la flexibilité des dépôts et des retraits, ainsi que la capacité d’inclure des zones rurales et informelles sont les clés de ce succès.

Le crédit mobile, le grand absent

Malgré l’engouement pour l’épargne, le crédit mobile reste à la traîne. Le rapport indique que seulement 7 % des adultes ont eu recours à un prêt via leur compte mobile en 2024, un chiffre qui n’a pas évolué depuis 2021. Pendant ce temps, 59 % des Africains empruntent encore de manière informelle, auprès de leur famille ou via des tontines.

Même dans les marchés les plus avancés, les prêts mobiles sont souvent de faible montant, de courte durée et assortis de taux d’intérêt élevés. Cette situation limite leur impact sur l’investissement productif et le développement des petites entreprises.

La Banque mondiale pointe plusieurs obstacles à l’essor du crédit mobile : une réglementation prudente qui craint le surendettement, la préférence des opérateurs pour des services moins risqués comme le paiement, et la méfiance des clients face à un canal de prêt encore peu éprouvé.

Pour surmonter ces défis, la Banque mondiale appelle à une approche collaborative. Le rapport préconise une meilleure éducation financière pour les utilisateurs, un renforcement de la protection contre la fraude et une adaptation des produits de crédit aux réalités économiques locales. En agissant sur ces leviers, le mobile money pourrait enfin devenir l’outil de financement inclusif qu’il promet d’être.

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