Le Nigeria, premier producteur de karité, stoppe ses exportations pour forcer la transformation locale

Le Nigeria, premier producteur de karité, stoppe ses exportations pour forcer la transformation locale
Le Nigeria, premier producteur mondial de noix de karité, a récemment mis en place une interdiction temporaire de six mois sur l’exportation de cette matière première clé. Une décision audacieuse de la part du président Bola Tinubu qui vise à booster la transformation locale, créer des emplois et valoriser le travail des femmes rurales, qui constituent 95 % des cueilleuses. Cette mesure s’inscrit dans une tendance régionale déjà adoptée par le Burkina Faso, le Ghana, le Mali, la Côte d’Ivoire et le Togo.
Cette annonce a immédiatement semé la pagaille sur le marché. En quelques jours seulement, le prix de la tonne de noix de karité au Nigeria a chuté de 33 %, passant de 1,2 million à 800 000 nairas (environ 521 dollars). “La demande locale est inférieure à l’offre. Développer une industrie de transformation ne se fait pas en deux mois. L’exportation a toujours dynamisé le marché”, explique Rildwan Bello, directeur général de Vestance, un cabinet de conseil basé à Lagos. Cette chute brutale révèle la fragilité d’un secteur où les exportateurs, désormais sans débouchés internationaux, peinent à honorer leurs contrats.
Un potentiel inexploité
Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2023, le président Tinubu multiplie les initiatives pour réduire la dépendance du pays aux exportations de matières premières brutes. Le but est de corriger une anomalie flagrante : bien que le Nigeria produise près de 40 % de l’offre mondiale de noix de karité, il ne capte que moins de 1 % d’un marché global estimé à 6,5 milliards de dollars.
Pour les autorités, la transformation locale est le chaînon manquant. Le beurre de karité, un substitut au beurre de cacao, est de plus en plus utilisé dans la confiserie, les produits de boulangerie et les cosmétiques. Des acteurs mondiaux comme Bunge Loders Croklaan et AAK AB ont d’ailleurs déjà investi dans des usines de transformation en Afrique de l’Ouest, témoignant du potentiel de ce secteur.
Si cette interdiction peut aider à stopper les exportations illégales massives de noix brutes et à encourager la transformation locale, elle représente un risque immédiat pour les millions de femmes qui dépendent de la cueillette pour leur subsistance.
Adesuwa Akinboro, directrice nationale de TechnoServe, avertit que “six mois, c’est trop court pour en récolter réellement les fruits”. Le risque est que la promesse de création d’emplois se transforme en pertes sèches pour les producteurs et les exportateurs, pris de court par cette mesure soudaine. Bien que certains y voient une opportunité de renforcer la capacité industrielle du pays, l’insuffisance des infrastructures et l’urgence de la mise en œuvre laissent planer des doutes sur les bénéfices à court terme de cette stratégie.






