
La Banque Mondiale anticipe une hausse spectaculaire de 120 % des IDE grâce à la ZLECAf
Malgré un recul historique des investissements directs étrangers (IDE) mondiaux, la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) émerge comme une opportunité sans précédent pour l’Afrique, avec le potentiel de faire bondir les IDE de 120 % en provenance du reste du monde et de 85 % intra-africains. C’est ce que révèle le dernier rapport de la Banque mondiale, soulignant l’importance d’une mise en œuvre effective de l’accord.
La planète observe une baisse drastique des flux mondiaux d’IDE, atteignant des niveaux historiquement bas. C’est dans ce contexte morose que l’Afrique se voit offrir une bouffée d’air frais grâce à la ZLECAf. Selon le rapport de la Banque mondiale, intitulé « Foreign Direct Investment in retreat: Policies to turn the tides », publié le 16 juin 2025, une application intégrale de la ZLECAf pourrait significativement transformer le paysage de l’investissement sur le continent.
En créant un marché intégré de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB combiné dépassant les 3 000 milliards de dollars, la ZLECAf est perçue comme un catalyseur essentiel de croissance et de compétitivité pour l’Afrique. La Banque mondiale estime que cela pourrait faire grimper les IDE sur le continent de 85 % en provenance des pays africains eux-mêmes, et de 120 % depuis le reste du monde.
Cependant, la concrétisation de ce potentiel ambitieux repose sur plusieurs piliers. Il est impératif d’appliquer effectivement les protocoles relatifs à l’investissement, à la concurrence et à la politique industrielle. De plus, le développement des infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, et la garantie d’une stabilité macroéconomique et politique sur le continent sont des facteurs déterminants.
Disparités et défis : L’Afrique en marge des flux mondiaux d’IDE
Le rapport de la Banque mondiale met en lumière une réalité préoccupante : les IDE vers les pays en développement ont chuté à 435 milliards de dollars en 2023, leur niveau le plus bas depuis 2005. L’Afrique, déjà faiblement intégrée à ces flux, risque un recul encore plus marqué sans réformes structurelles majeures. Cette tendance baissière n’épargne pas les économies avancées, qui n’ont attiré que 336 milliards de dollars, leur niveau le plus faible depuis 1996.
Sur la période 2012-2023, dix pays, dont la Chine, le Brésil et l’Inde, ont capté à eux seuls les deux tiers des IDE destinés aux économies en développement. L’Afrique, en revanche, reste en marge, les flux se concentrant principalement dans les grandes économies du continent (Nigeria, Afrique du Sud, Égypte). Les 26 pays les moins avancés n’ont capté que 2 % des investissements, freinant leur industrialisation, la création d’emplois et l’intégration économique régionale.
Progrès timides et recommandations pour la ZLECAf
Depuis son lancement en janvier 2021, la ZLECAf a suscité de nombreuses attentes. Bien que seule une partie des États membres ait pour l’heure mis en œuvre leurs engagements, certains progrès sont visibles. Un exemple notable est celui de la Côte d’Ivoire, qui en avril 2025 a abaissé ses droits de douane conformément au Tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO, aligné sur la nomenclature de l’Organisation mondiale des douanes.
Pour la Banque mondiale, il est impératif d’accélérer cette dynamique et de lever les obstacles restants, notamment l’harmonisation des cadres juridiques et fiscaux qui entravent encore les flux de capitaux. Pour maximiser les retombées de la ZLECAf, l’institution a identifié trois axes d’action : attirer davantage d’IDE grâce à un environnement réglementaire stable et prévisible, orienter les investissements vers les secteurs stratégiques (agro-industrie, technologies, énergies renouvelables) et renforcer la coopération régionale et mondiale pour favoriser les synergies.
Un regain d’optimisme et la nécessité d’une architecture financière continentale
Malgré le contexte morose de 2023, le dernier rapport « World Investment Report 2025 » d’ONU Commerce et Développement (ex-CNUCED) relève un rebond des IDE en Afrique en 2024, en hausse de 75 % pour atteindre 97,03 milliards de dollars. Cette performance est principalement due au mégaprojet de développement de la péninsule de Ras El-Hekma en Égypte. En excluant ce projet, les IDE ont tout de même progressé de 12 %, atteignant environ 62 milliards de dollars, soit 4 % des flux mondiaux.
Pour le Dr Patrick Ndzana Olomo, chef de division des politiques économiques à la Commission de l’Union africaine, le marché unique régional a besoin d’une « vision financière souveraine, structurée et ancrée dans les besoins réels du continent ». Il préconise de passer à l’étape suivante en complétant l’architecture financière africaine avec une banque centrale, un fonds monétaire, une banque de financement de l’investissement et un marché financier (bourse) au niveau continental.







