
Fiscalité et développement : Pourquoi le Gabon doit revoir son modèle économique
Le dernier rapport pays de la Banque africaine de développement (BAD) est sans équivoque. Le Gabon ne pourra pas financer durablement ses ambitions de développement sans une profonde réforme de sa politique fiscale. À l’horizon 2030, le pays doit mobiliser davantage de ressources internes s’il veut réduire sa dépendance au pétrole et répondre à ses besoins en infrastructures, en éducation, en santé et en diversification économique.
Avec une pression fiscale moyenne de 11,9 % du PIB entre 2015 et 2024, le Gabon se situe largement en dessous de la moyenne africaine et de pays comparables comme la Namibie (30,5 %) ou le Botswana (22,9 %). Cette faiblesse structurelle limite fortement la capacité de l’État à investir massivement dans des secteurs productifs ou sociaux. La BAD recommande donc une hausse de 4,5 points de pourcentage, portant la pression fiscale à 16,4 % du PIB, afin de générer les 1,18 milliard de dollars annuels nécessaires au financement des projets prioritaires.
Le paradoxe gabonais réside dans le nombre élevé de taxes, mais un rendement fiscal global faible. En cause :
- Une faible contribution des impôts directs (30,4 % des recettes fiscales),
- Des taxes sur les biens et services peu exploitées (18,1 %),
- Une structure fiscale encore trop dépendante du pétrole, exposant le pays à la volatilité des cours.
Malgré une augmentation de 79 % des recettes fiscales sur la dernière décennie, tirée notamment par une forte hausse de la TVA et les réformes dans le secteur pétrolier, cette dynamique reste insuffisante et instable. La BAD appelle donc à élargir l’assiette fiscale et à améliorer l’efficacité de la collecte.
Une réforme fiscale comme levier de transformation
Le message de la BAD est clair : le redressement du Gabon passe par une politique fiscale plus ambitieuse, mais aussi plus juste et mieux ciblée. Cela suppose :
- Une modernisation de l’administration fiscale,
- L’intégration du secteur informel dans le circuit fiscal,
- Une diversification des sources de recettes, avec plus d’impôts sur les revenus, la consommation et la propriété.
L’enjeu est de financer la transformation structurelle du pays sans accroître la dette publique ni dépendre davantage de l’aide extérieure.
L’analyse de la BAD pointe aussi une efficacité limitée de la dépense publique. Près de 60 % du budget est absorbé par les dépenses de fonctionnement, tandis que les investissements connaissent une trajectoire irrégulière. Le service de la dette, en forte hausse, absorbe une part croissante des ressources. Sans réforme de la gouvernance budgétaire, la hausse des recettes pourrait ne pas produire les effets escomptés.
Au-delà des constats, le rapport de la BAD peut être vu comme une feuille de route stratégique pour permettre au Gabon de sortir du piège de la rente et de poser les fondations d’un modèle économique plus inclusif, résilient et soutenable.
En augmentant ses capacités fiscales, en rationalisant ses dépenses et en encourageant le secteur privé, le Gabon peut renouer avec une croissance de qualité, au service de la population. Il s’agit non seulement de lever des fonds, mais de repenser l’usage de chaque franc prélevé pour en maximiser l’impact sur le développement.






