
Du pétrole au gaz : l’Angola trace sa nouvelle trajectoire énergétique

L’Angola, nation pétrolière de premier plan en Afrique, a récemment annoncé la découverte du gisement gazier de Gajajeira. Foré par la coentreprise Azule Energy dans le bloc 1/14 du bassin du Bas-Congo, ce puits est une première pour le pays, entièrement consacré à l’exploration gazière. Cette percée affirme la détermination de l’Angola à positionner le gaz naturel comme un moteur essentiel de sa transition énergétique et un pilier de ses exportations.
Cette révélation intervient seulement quatre mois après la promulgation, en avril 2025, du National Gas Master Plan (NGMP). Ce programme ambitieux vise à bâtir une industrie gazière nationale robuste, à garantir les approvisionnements et à porter la contribution du gaz au bouquet énergétique angolais à 25 % à court terme, contre une fourchette actuelle de 7 à 10 %.
Un virage stratégique vers l’exploitation du gaz naturel
Historiquement, le gaz naturel produit en Angola était principalement associé à l’extraction pétrolière. Il était souvent réinjecté dans les réservoirs ou brûlé par torchage, une pratique coûteuse et polluante. Le NGMP inaugure une ère nouvelle, formalisant une approche novatrice : la prospection, le forage et l’exploitation de réservoirs exclusivement gaziers.
Ce plan vise notamment à réduire le gaspillage lié au torchage, à assurer un approvisionnement pérenne de l’usine de liquéfaction Angola LNG, et à stimuler une demande interne pour le gaz, notamment dans la production d’électricité, la pétrochimie, la production de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et l’usage domestique. L’État, par l’intermédiaire de sa compagnie nationale Sonangol, a déjà lancé plusieurs initiatives structurantes, telles que le développement des champs gaziers de Quiluma et Maboqueiro, dont la mise en production est anticipée pour 2026.
Le gisement de Gajajeira, doté de plus de 1 000 milliards de pieds cubes de gaz et jusqu’à 100 millions de barils de condensat associé, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Il enrichit considérablement les ressources disponibles pour l’Angola et élargit les zones d’exploration au-delà des blocs traditionnellement pétroliers.
Consolidation d’une filière gazière complémentaire au pétrole brut
La découverte de Gajajeira contribue à la maturation d’une filière gazière nationale apte à satisfaire la demande intérieure et à accroître les capacités d’exportation. Ces volumes pourraient, à terme, approvisionner l’usine Angola LNG, dont la capacité (5,2 millions de tonnes/an de GNL) est actuellement sous-exploitée. Un projet d’extension, incluant un mini-train de 3 millions de tonnes par an, est d’ailleurs à l’étude.
Il est essentiel de noter que cette nouvelle orientation ne remet nullement en question l’importance prépondérante du pétrole dans l’économie angolaise. Selon les données de la Banque africaine de développement (BAD), les hydrocarbures représentaient environ 30 % du PIB angolais en 2023. Le gouvernement ambitionne d’ailleurs de maintenir un plateau de production autour de 1,1 million de barils par jour jusqu’en 2027, même si plusieurs gisements sont arrivés à maturité.
Une stratégie énergétique en pleine élaboration
À plus long terme, l’Angola envisage d’étendre ses infrastructures gazières vers l’intérieur du pays, de convertir ses centrales diesel au gaz et de déployer un réseau résidentiel. Des projets sont également à l’étude dans les bassins du Kwanza et de Benguela, témoignant d’une stratégie territoriale et structurelle holistique.
Bien que la découverte de Gajajeira soit d’une importance notable, elle reste de taille modeste en comparaison des projets gaziers africains d’envergure actuellement en développement, tels que Greater Tortue Ahmeyim (Sénégal-Mauritanie), Coral South ou Mamba (Mozambique), qui disposent de réserves estimées à plusieurs dizaines de Tcf de gaz naturel.
À ce jour, aucun calendrier de développement n’a été rendu public concernant le gisement de Gajajeira, les partenaires du bloc 1/14 (Azule Energy (35 %), Equinor (30 %), Sonangol E&P (25 %) et Acrep Angola S.A. (10 %)) n’ayant pas encore finalisé leur décision d’investissement. Cette découverte marque néanmoins un jalon prometteur pour l’Angola, qui s’affirme désormais comme un acteur clé sur le marché gazier africain en pleine expansion.






