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Digitalisation des paiements : une dynamique qui transforme l’économie béninoise

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Digitalisation des paiements : une dynamique qui transforme l’économie béninoise

Le Bénin confirme sa place parmi les économies les plus engagées dans la modernisation des moyens de paiement en Afrique de l’Ouest. D’après une étude conjointe du ministère de l’Économie et des Finances et de l’Alliance Better Than Cash, la montée en puissance des transactions électroniques commence à produire des effets concrets, tant sur les finances publiques que sur l’accès des populations aux services essentiels.

Les chiffres traduisent cette progression. En 2023, plus de 123 millions d’opérations numériques ont été enregistrées, pour un volume global dépassant les 833 milliards de francs CFA, en nette hausse par rapport à l’année précédente. Dans la vie quotidienne, les usages évoluent rapidement : une large part des factures d’électricité est désormais réglée en ligne, tout comme une proportion croissante des factures d’eau. Surtout, la quasi-totalité des impôts et taxes transite aujourd’hui par des plateformes digitales, renforçant la transparence et l’efficacité de la collecte.

Cette transition s’accompagne de gains financiers significatifs. La digitalisation des paiements au sein de la Société béninoise d’énergie électrique et de la Société nationale des eaux du Bénin permettrait d’économiser environ 15 milliards de francs CFA chaque année. Des ressources qui peuvent être réorientées vers des investissements structurants, notamment dans les infrastructures.

Dans leur introduction au rapport, Romuald Wadagni et Véronique Tognifodé insistent sur le rôle stratégique de cette mutation. Pour eux, les paiements numériques ne se limitent pas à une modernisation technique : ils constituent un levier pour réduire les inégalités, soutenir l’activité des petites entreprises et favoriser un travail plus formel et sécurisé.

Le modèle béninois repose sur une impulsion forte de l’État, avec un accent particulier sur les paiements publics. Un cadre de coordination national a été mis en place pour piloter les réformes, traduisant une volonté politique d’avancer de manière structurée. Contrairement à des pays comme le Ghana ou le Nigéria, où les banques centrales jouent un rôle central, le Bénin privilégie une approche progressive. L’objectif est de digitaliser en priorité les transactions les plus courantes — factures, impôts, services administratifs — afin de créer une dynamique d’adoption à grande échelle.

Comparée à d’autres expériences africaines, cette stratégie se veut pragmatique. Le Rwanda a connu une explosion des paiements numériques grâce à une centralisation poussée, tandis que le Kenya a largement digitalisé ses services publics, avec des effets rapides sur les recettes fiscales. Le choix béninois est plus ciblé, misant sur des résultats rapides et visibles avant une transformation plus globale.

Le pays se distingue également par des avancées réglementaires, notamment l’interdiction de toute discrimination dans l’accès des femmes aux services financiers, une initiative encore rare dans la région. Ces efforts s’inscrivent dans la dynamique des Objectifs de développement durable, en particulier en matière de réduction des inégalités et de promotion de l’emploi décent.

Des défis subsistent toutefois. L’interconnexion entre les différents systèmes de paiement reste limitée, compliquant certaines transactions. Les disparités d’accès aux infrastructures numériques, surtout en milieu rural, freinent encore une adoption uniforme. À cela s’ajoutent des enjeux de gouvernance et de continuité des réformes, qui nécessitent des mécanismes solides pour s’inscrire dans la durée.

Le rapport met en avant plusieurs leviers pour consolider les acquis : améliorer l’interopérabilité des plateformes, renforcer les cadres institutionnels et développer des partenariats entre le public et le privé. La confiance des utilisateurs apparaît également déterminante, ce qui passe par une meilleure sécurisation des transactions, une protection rigoureuse des données et une fiabilité accrue des services.

Au-delà des performances actuelles, la digitalisation des paiements s’impose comme un marqueur de la transformation économique du Bénin. Elle simplifie l’accès aux services, réduit les coûts de gestion et optimise les recettes de l’État. Pour maintenir cette dynamique, le pays devra toutefois investir davantage dans ses infrastructures, étendre l’inclusion numérique sur l’ensemble du territoire et consolider sa gouvernance afin de faire des paiements électroniques un véritable moteur de développement durable.

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