ECONOMIE

Dette publique en Afrique : le fragile équilibre entre financement du développement et soutenabilité économique

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Dette publique en Afrique : le fragile équilibre entre financement du développement et soutenabilité économique

Face à des besoins croissants en infrastructures, en services publics et en transformation économique, la dette publique est devenue un instrument incontournable pour les pays africains. Mais la question de sa soutenabilité se pose avec acuité, dans un contexte de ralentissement mondial, de hausse des taux d’intérêt et de pressions budgétaires persistantes.

Selon les données récentes du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque africaine de développement (BAD), plus de la moitié des pays africains à faible revenu sont aujourd’hui exposés à un risque élevé de surendettement. Les États ont multiplié les émissions obligataires, aussi bien sur les marchés régionaux que sur les marchés internationaux, afin de financer des projets d’envergure dans les secteurs de l’énergie, des transports et de l’agriculture.

Toutefois, les situations diffèrent fortement d’un pays à l’autre. Des économies comme le Bénin, le Sénégal ou le Rwanda maintiennent une gestion prudente de leur dette, avec des niveaux inférieurs à 55 % du PIB. À l’inverse, d’autres pays, tels que le Ghana ou la Zambie, ont été contraints de renégocier leurs créances, illustrant les limites du modèle actuel de financement par emprunt.

Des marges budgétaires réduites

Le resserrement monétaire mondial a mis fin à l’ère des taux bas qui avait favorisé les emprunts massifs. Les coûts du service de la dette absorbent désormais une part importante des budgets nationaux, parfois supérieure à celle consacrée à la santé ou à l’éducation. Dans plusieurs pays, la charge des intérêts représente plus de 30 % des recettes publiques.

Cette situation limite les capacités d’investissement et complique la mise en œuvre des politiques sociales. Elle expose aussi les États à des arbitrages difficiles entre remboursement de la dette et financement des priorités nationales.

Face à ces défis, les institutions financières internationales plaident pour un meilleur équilibre entre emprunt et mobilisation des ressources internes. Le développement des marchés financiers régionaux de l’UEMOA et de la CEMAC, l’émission d’obligations vertes, ou encore la digitalisation de l’administration fiscale offrent des pistes prometteuses.

Par ailleurs, la diversification des partenaires financiers — avec la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, et des fonds souverains du Golfe — permet aux pays africains d’accéder à des ressources moins conditionnées, mais nécessite une gestion transparente et rigoureuse.

La soutenabilité de la dette n’est pas qu’une question de chiffres : elle dépend aussi de la qualité de la dépense publique. Une dette orientée vers des projets productifs, générateurs de croissance et d’emplois, reste un levier de développement. À l’inverse, une accumulation d’emprunts pour financer les dépenses courantes constitue une impasse.

L’enjeu, pour les économies africaines, est donc de bâtir une stratégie d’endettement cohérente, articulée à une vision de long terme et soutenue par une gouvernance budgétaire solide. C’est à ce prix que la dette cessera d’être un fardeau pour redevenir un véritable moteur de croissance.

Hervé Ganhouégnon

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