
Côte d’Ivoire : les moteurs d’une croissance résiliente sous pression inflationniste
Longtemps considérée comme l’un des moteurs économiques de l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire confirme en 2025 son dynamisme macroéconomique, tout en affrontant des tensions internes et externes qui rappellent la nécessité d’une croissance plus inclusive et résiliente.
Avec une croissance estimée à 6,8 % en 2025 (selon les prévisions du FMI), l’économie ivoirienne reste parmi les plus performantes de la région, portée par des investissements publics soutenus, des réformes sectorielles et une relative stabilité politique. Cependant, derrière cette performance se cachent des déséquilibres structurels, une dépendance à certaines matières premières, et des pressions inflationnistes qui fragilisent le pouvoir d’achat des ménages.
Depuis plusieurs années, la stratégie du gouvernement s’appuie sur de grands travaux d’infrastructures (ponts, routes, énergie, zones industrielles) qui dynamisent le BTP et les services liés. Le Plan National de Développement (PND 2021–2025) a injecté plus de 59 000 milliards FCFA dans l’économie, avec une priorité donnée à la modernisation des infrastructures logistiques, nécessaires à l’ambition de faire d’Abidjan un hub régional.
Le secteur tertiaire continue de jouer un rôle moteur dans la croissance, représentant environ 50 % du PIB, porté par les télécommunications, la banque, la distribution et les services numériques.
Une économie encore vulnérable aux chocs externes
Malgré ses avancées, l’économie ivoirienne reste exposée aux fluctuations des marchés internationaux, notamment sur le cacao, dont elle est le premier producteur mondial. En 2024, la hausse des prix du cacao a dopé les recettes d’exportation, mais cette dépendance fait peser un risque sur la soutenabilité des recettes publiques, en cas d’inversion de tendance.
De plus, le contexte géopolitique sous-régional, marqué par les tensions politiques dans certains pays voisins et l’évolution des relations avec la CEDEAO, pourrait ralentir le commerce intrarégional, crucial pour les PME ivoiriennes.
Inflation et emploi : les deux talons d’Achille
L’un des principaux défis de la Côte d’Ivoire en 2025 reste la maîtrise de l’inflation, qui s’établit à 4,9 % en glissement annuel, selon la BCEAO. Cette pression sur les prix, en particulier dans le secteur alimentaire, érode le pouvoir d’achat, notamment des classes moyennes urbaines.
Par ailleurs, le chômage des jeunes et la précarité de l’emploi informel continuent de freiner les effets sociaux de la croissance. Le secteur agricole, qui emploie plus de 50 % de la population active, reste peu productif et vulnérable au changement climatique.
La politique d’industrialisation par substitution aux importations, amorcée depuis 2017, commence à porter ses fruits dans des secteurs comme l’agroalimentaire, la transformation du coton et des produits locaux (anacarde, mangue, cacao).
Cependant, cette dynamique reste concentrée autour d’Abidjan, accentuant les déséquilibres territoriaux et posant la question d’une décentralisation économique plus effective. L’accès au financement pour les PME industrielles, notamment hors des centres urbains, reste limité malgré des dispositifs comme le Fonds de soutien aux PME.
Avec une trajectoire de croissance solide, une ambition régionale affirmée et des partenaires techniques engagés, la Côte d’Ivoire a les atouts pour consolider sa position de leader économique de l’UEMOA. L’entrée en vigueur prochaine de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait offrir de nouvelles perspectives d’exportation aux industries locales.
Mais pour transformer la croissance en développement durable, le pays devra :
- Accélérer la diversification économique, au-delà des matières premières ;
- Renforcer la gouvernance économique et la transparence budgétaire ;
- Investir davantage dans l’éducation technique, l’innovation et l’inclusion financière.
La Côte d’Ivoire avance, mais elle doit maintenant consolider les fondations de sa croissance. Si elle parvient à relever les défis de l’inclusion sociale, de la décentralisation économique et de la résilience face aux chocs mondiaux, elle pourrait devenir non seulement une locomotive régionale, mais aussi un modèle africain de transformation structurelle réussie.






