
CEMAC : forte hausse des crédits impayés dans les banques
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) tire la sonnette d’alarme face à la montée des créances en souffrance dans les banques de la zone CEMAC. Bien que la liquidité du secteur reste élevée, la qualité du portefeuille de crédit se dégrade, menaçant la stabilité du système financier régional.
La solidité du système bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est une nouvelle fois sur la sellette. Dans sa note de politique monétaire publiée le 3 juillet 2025, la BEAC pointe une détérioration continue de la qualité des crédits bancaires. Un signal d’alerte pour les autorités, alors même que les indicateurs de trésorerie affichent des niveaux historiquement confortables.
À la fin du mois de mars 2025, les créances en souffrance représentaient 17,4 % de l’encours brut des crédits bancaires dans la zone, contre 16,6 % un an plus tôt. Cette progression des crédits impayés, immobilisés ou jugés douteux révèle une tendance préoccupante, que la BEAC considère désormais comme une fragilité structurelle.
Entre 2012 et 2022, le montant total des créances non performantes a été multiplié par près de quatre, passant de 495 milliards FCFA à plus de 1917 milliards FCFA. Cette dynamique contraste fortement avec une trésorerie en apparente bonne santé : 9097,6 milliards FCFA au 31 mars 2025, en hausse annuelle de près de 700 milliards. Les emplois de trésorerie, notamment les placements et les dépôts à vue, progressent de 16,4 % pour atteindre 12 061 milliards.
Mais cette abondance masque un mal plus profond. Selon la BEAC, la dégradation du portefeuille de crédit est principalement due à deux facteurs : des défaillances internes dans la gouvernance et l’évaluation des risques de certains établissements bancaires, et un environnement économique fragile, marqué entre autres par les retards de paiement des États. Ces derniers fragilisent la trésorerie des entreprises, en particulier celles engagées dans les marchés publics.
Face à cette situation, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), réunie le 23 juin à Bangui, a exhorté les banques à renforcer leurs mécanismes de surveillance et de recouvrement. Car au-delà des pertes financières, l’accumulation de ces créances compromet le bon fonctionnement du canal de transmission monétaire et freine le financement de l’économie réelle.






