
Afrique subsaharienne : la croissance peine à se traduire en emplois durables
Malgré une reprise économique amorcée après les chocs successifs de Covid-19 et de l’inflation mondiale, la croissance en Afrique subsaharienne reste trop peu inclusive. Le défi majeur demeure la création d’emplois décents pour une population jeune et en forte expansion.
Selon les récentes estimations de la Banque mondiale, la région devrait enregistrer une croissance moyenne de 3,8 % en 2025, tirée par les secteurs de l’agriculture, des services et de l’exploitation minière. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Kenya ou la Tanzanie affichent des performances soutenues, alors que d’autres, à l’image du Nigéria ou de l’Afrique du Sud, peinent à retrouver leur dynamisme d’avant-crise.
Mais cette croissance reste souvent concentrée dans des secteurs à faible intensité de main-d’œuvre, notamment les industries extractives ou les services informels, limitant son impact sur l’emploi.
Chaque année, près de 12 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail en Afrique subsaharienne. Or, seuls 3 millions d’emplois formels sont créés selon la BAD. L’écart se creuse, alimentant le chômage des jeunes et l’expansion du secteur informel, qui représente déjà plus de 80 % de l’emploi total dans plusieurs pays.
Cette réalité accentue les inégalités et fragilise la cohésion sociale, notamment dans les zones urbaines où la précarité de l’emploi se conjugue à la flambée du coût de la vie.
Les réformes structurelles, un impératif
Pour transformer cette dynamique, les économistes plaident pour un modèle de croissance plus inclusif. L’accent est mis sur la diversification économique, le développement industriel et l’investissement dans le capital humain.
L’essor des technologies numériques offre aussi une opportunité : les plateformes de e-commerce, les fintechs ou encore les start-up agricoles créent de nouveaux emplois, bien que souvent limités en volume.
Le renforcement des formations techniques et professionnelles, l’appui aux PME locales et l’amélioration du climat des affaires sont autant de leviers pour favoriser l’emploi productif.
La création d’emplois de qualité reste au cœur des stratégies nationales de développement. Des initiatives comme le Programme emploi jeunes au Sénégal, le Plan d’action pour la transformation structurelle du Rwanda ou encore les incubateurs d’entreprises numériques au Ghana témoignent d’une volonté politique d’agir.
Mais la clé du succès réside dans la cohérence entre politiques économiques et sociales. Sans emploi stable et productif, la croissance africaine demeurera un mirage pour des millions de jeunes en quête d’avenir.
Hervé Ganhouégnon






