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Afreximbank : Fitch abaisse sa note à BBB- et pointe des faiblesses structurelles

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Afreximbank : Fitch abaisse sa note à BBB- et pointe des faiblesses structurelles

Fitch Ratings a abaissé, ce mercredi 4 juin 2025, la note de crédit à long terme d’Afreximbank de BBB à BBB-, accompagnée d’une perspective négative, soulignant une détérioration des fondamentaux de l’institution panafricaine. Cette décision fait écho à une série de signaux préoccupants : manque de transparence, exposition excessive à des pays à haut risque, et gouvernance jugée fragile.

Cette nouvelle note, désormais un cran au-dessus de la catégorie spéculative, traduit une confiance réduite de l’agence dans la capacité à long terme d’Afreximbank à honorer ses engagements financiers. Fitch a également abaissé la note à court terme de F2 à F3, traduisant une capacité plus limitée à faire face aux obligations immédiates. Le programme mondial d’émission obligataire de la banque est également dégradé à BBB-, ce qui pourrait renchérir le coût de ses financements internationaux.

 Des indicateurs de risque en alerte

Parmi les facteurs déclencheurs, Fitch met en avant un taux de prêts non performants (NPL) de 7,1% à fin 2024, dépassant nettement le seuil critique de 6%. Cette détérioration est en grande partie due à des expositions à des pays comme le Ghana, le Soudan du Sud et la Zambie, dont les dettes sont jugées fragiles voire en restructuration.

Autre point de vigilance : le déficit de transparence. Contrairement à d’autres institutions financières comparables, Afreximbank ne fournit pas une information suffisante sur la qualité de ses actifs. Fitch reproche aussi à la Banque l’usage de normes comptables qui minimisent artificiellement les risques liés à ses prêts.

 Concentration géographique et gouvernance sous tension

Fitch souligne également une concentration géographique excessive du portefeuille de la Banque : l’Égypte et le Nigeria, à eux seuls, représentent plus de la moitié de ses engagements. Ces deux pays, tout en étant les plus gros actionnaires, font aussi partie des juridictions à risque élevé. Ce chevauchement entre gouvernance et exposition au risque fragilise l’équilibre stratégique de l’institution.

Quelles conséquences et quelles issues ?

Une telle dégradation impacte directement la capacité d’Afreximbank à lever des fonds à des conditions avantageuses, et pourrait compromettre certains projets à venir, notamment dans des secteurs clés comme l’export, l’industrie ou les infrastructures. À moyen terme, cela risque aussi de pénaliser les entreprises africaines bénéficiaires des financements de la Banque.

Pour inverser cette tendance, Fitch recommande à la banque de :

  • Renforcer la transparence sur la qualité de son portefeuille
  • Réduire son exposition aux États les plus instables
  • Revoir sa gouvernance et sa politique de gestion des risques
  • Augmenter ses fonds propres pour renforcer sa capacité d’absorption de pertes

En juin 2024, Fitch avait encore maintenu la note de la Banque à BBB avec perspective stable, saluant sa capacité à lever des ressources même en période tendue. Le changement brutal de perspective, moins d’un an plus tard, marque un tournant stratégique pour Afreximbank, qui devra rapidement ajuster son modèle pour éviter une entrée dans la catégorie « spéculative ».

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