Economic Post

Cameroun : les incertitudes politiques et financières fragilisent la signature souveraine

31vues

Cameroun : les incertitudes politiques et financières fragilisent la signature souveraine

L’agence de notation Fitch Ratings a abaissé la note souveraine du Cameroun de B à B−, tout en maintenant une perspective stable. La décision, annoncée le 16 octobre 2026, s’explique par les incertitudes politiques et les difficultés croissantes de financement de l’État.

Le Cameroun voit sa signature financière dégradée sur les marchés internationaux. Dans sa dernière évaluation, Fitch Ratings a ramené la note de défaut émetteur à long terme du pays de B à B−. Cette décision traduit une hausse des risques liés à la capacité du pays à financer ses besoins et à préserver la stabilité de ses institutions.

L’agence met notamment en avant les incertitudes entourant la succession du président Paul Biya. Âgé de 93 ans et réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat, le chef de l’État n’a pas désigné de successeur. Fitch estime que cette situation augmente le risque d’une transition politique désordonnée, susceptible d’affecter la continuité des politiques publiques.

Les conditions de financement constituent le second facteur de cette dégradation. Fitch prévoit que les besoins bruts de financement de l’État atteindront 7,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, contre 5 % en 2025, avant de revenir à 6,5 % en 2027. Le recours accru aux emprunts commerciaux extérieurs intervient alors que les possibilités de financement sur le marché régional de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se resserrent.

Cette évolution pourrait renchérir le coût des futurs emprunts du pays. Le 19 octobre, le rendement de l’euro-obligation camerounaise arrivant à échéance en 2033 a atteint 10,65 %, selon les données rapportées par Camer.be. Ce niveau reflète les conditions auxquelles les investisseurs évaluent le risque associé à cette dette sur le marché secondaire.

Malgré cette dégradation, Fitch prévoit une croissance économique de 3,7 % en 2026 et en 2027, puis de 4,1 % en 2028. L’agence anticipe également une baisse du ratio de la dette publique, qui passerait de 42,5 % du PIB à fin 2025 à 39,1 % en 2028. Ces projections constituent des éléments de soutien à la note du pays, malgré les risques politiques et budgétaires.

La perspective stable signifie que Fitch n’anticipe pas, dans son scénario de référence, une nouvelle modification immédiate de la note. Une aggravation des tensions politiques ou des difficultés de financement pourrait toutefois conduire à une nouvelle dégradation. À l’inverse, une transition institutionnelle mieux définie et un meilleur accès aux financements concessionnels contribueraient à améliorer le profil de crédit du Cameroun.

Hervé Ganhouégnon

Laisser une reponse