UEMOA : un premier « Agri Green Bond » de 30 milliards FCFA pour financer l’agriculture durable

UEMOA : un premier « Agri Green Bond » de 30 milliards FCFA pour financer l’agriculture durable
Le marché financier régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) accueille une opération inédite. Swami Agri, entreprise agro-industrielle basée au Sénégal, prépare une émission obligataire verte de 30 milliards de FCFA. L’opération, structurée par Impaxis Securities, constitue le premier « Agri Green Bond » de l’espace UEMOA.
L’objectif est de mobiliser des ressources à long terme pour financer des investissements destinés à renforcer les capacités de production et de conservation de l’entreprise. Swami Agri, active notamment dans le nord du Sénégal, explique avoir recours au marché des capitaux face à l’augmentation de ses besoins de financement.
Les fonds doivent notamment servir à acquérir des équipements pour accroître les capacités de stockage et améliorer l’efficacité énergétique des installations agricoles. L’opération doit également financer des infrastructures reposant sur les énergies renouvelables.
Selon les informations communiquées autour de l’opération, le programme prévoit notamment la construction d’une centrale solaire de 16,7 MW et de cinq chambres froides alimentées à l’énergie solaire. Ces équipements doivent permettre de mieux conserver les productions agricoles et de réduire les pertes après récolte.
Le financement associe ainsi plusieurs enjeux : production agricole, conservation des récoltes, énergie renouvelable et sécurité alimentaire. L’idée est de réduire les pertes tout en diminuant la dépendance aux énergies fossiles dans certaines activités de production et de stockage.
Le choix d’une émission obligataire verte traduit aussi l’évolution des besoins du secteur agricole.
Les banques jouent traditionnellement un rôle important dans le financement des exploitations et des entreprises agricoles. Mais lorsque les montants recherchés deviennent importants et que les investissements s’étendent sur plusieurs années, le marché des capitaux peut offrir une autre solution.
C’est le raisonnement présenté par Swami Agri. L’entreprise estime que la mobilisation de 30 milliards de FCFA en une seule opération nécessitait un instrument différent du crédit bancaire classique.
L’opération permet donc de rapprocher deux univers qui évoluent souvent séparément : la finance et l’agriculture.
Des garanties pour les investisseurs
L’émission présente également plusieurs mécanismes destinés à sécuriser les investisseurs.
Elle bénéficie notamment d’une évaluation externe réalisée par Moody’s, qui lui a attribué une opinion de seconde partie SQS1. Une garantie à première demande du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) couvre par ailleurs le capital et les intérêts.
Cette structuration vise à rendre le financement agricole plus attractif auprès des investisseurs du marché régional.
Au-delà du cas de Swami Agri, l’opération peut donc servir de référence pour d’autres entreprises agricoles qui cherchent à financer des investissements importants sans dépendre exclusivement du crédit bancaire.
Cette émission intervient alors que les instruments financiers liés aux enjeux environnementaux commencent à prendre davantage de place sur le marché régional.
Quelques mois auparavant, une première obligation verte dédiée au secteur de l’énergie avait permis de mobiliser 42,65 milliards de FCFA pour financer la centrale solaire Poro Power 1, dans le nord de la Côte d’Ivoire.
L’Agri Green Bond de Swami Agri élargit cette dynamique au secteur agricole.
Pour les économies de l’UEMOA, l’enjeu est important. Les besoins en infrastructures agricoles, en énergie, en stockage et en transformation sont considérables. La finance durable peut apporter une partie des ressources nécessaires à ces investissements.
L’opération sénégalaise montre surtout que le marché régional peut désormais financer des projets associant rendement financier et objectifs environnementaux.
Si cette première expérience trouve son public auprès des investisseurs, d’autres entreprises pourraient à leur tour se tourner vers ce type d’instrument pour financer leurs projets agricoles et industriels.







