ECONOMIE

Nouvelle gouvernance à Cotonou : « secousse » promise, moderniser ou périr

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Nouvelle gouvernance à Cotonou : « secousse » promise, moderniser ou périr

À Cotonou, le maire Luc Gnacadja annonce une «secousse» administrative et une modernisation radicale. Entre promesses de performance, urgence d’investissements et quête de crédibilité financière, la municipalité veut transformer sa gouvernance en résultats mesurables.

Luc Gnacadja, nouveau maire de Cotonou, a lancé un ultimatum à l’administration municipale : modernisation immédiate, performance mesurable et reddition de comptes. Derrière la métaphore du bulletin scolaire, se dessine une feuille de route qui touche aux finances, à la gouvernance et à la crédibilité de la ville face aux citoyens et aux partenaires.

Le propos du maire est simple et brutal : la ville dépense mal, trop lentement et sans impact visible. L’image du bulletin à 3/10 n’est pas une formule de communication. C’est un diagnostic de performance. Quand un dossier traîne six mois et se règle en deux jours après intervention directe, le problème n’est pas le manque de volonté mais l’architecture des processus, les incitations et la gouvernance.

Cela implique dès lors qu’il faille revoir les procédures, fixer des délais contraignants, mesurer l’exécution et l’impact, et surtout lier ressources et résultats. Sans ces éléments, la modernisation restera un slogan.

Enjeux…

La déclaration de Luc Gnacadja est une opportunité. Elle met en lumière un impératif. La modernisation municipale n’est pas une question de volonté seule, mais d’architecture institutionnelle et financière. La critique des “30%” consommés pointe une réalité récurrente dans les finances locales : une part significative des crédits est absorbée sans produire de services visibles. Deux priorités financières s’imposent.

D’abord, améliorer la collecte locale, élargir l’assiette fiscale municipale, professionnaliser la fiscalité foncière et les redevances urbaines. Ensuite, créer un fonds d’entretien pour éviter la dégradation accélérée des infrastructures (dallages, voirie, éclairage). Et enfin, garantir une crédibilité budgétaire, sans laquelle, la ville perdra l’accès aux financements concessionnels et aux partenariats public‑privé. Les bailleurs et investisseurs exigent désormais des indicateurs de performance et des garanties de maintenance.

Pour que la « secousse » produise des effets durables, il faudra des audits, des indicateurs, des outils numériques, des contrats de performance et, surtout, une volonté de briser les logiques de rente. Parmi les leviers prioritaires il est indiqué un audit financier et opérationnel immédiat pour identifier fuites, doublons et goulots d’étranglement.

L’administration municipale devra fonctionner sous contrats de performance pour les directions et les services, assortis d’indicateurs clairs (délai de traitement, taux d’exécution, satisfaction citoyenne).

La révision des procédures suppose la mise en place d’instruments de gouvernance moderne et transparante comme la dématérialisation des procédures, la création de portail de suivi des dossiers, la digitalisation du processus d’achat et d’approvisionnement des entreprises via des plateformes en ligne, permettant de centraliser les commandes, automatiser la validation et optimiser la gestion des fournisseurs, pour réduire la lenteur et les risques de corruption.

Grand défis…

Le grand défis de la municiplaité reste la gestion du registre d’actifs urbains et la mise en place d’un plan de maintenance pluriannuel pour transformer dépenses ponctuelles en gestion patrimoniale. La mairie peut également signer des partenariats ciblés : PPP pour des projets structurants, mais conditionnés à des clauses de performance et à une gouvernance indépendante. Ces instruments sont connus des praticiens du développement. Leur succès dépendra de la capacité de la mairie à imposer des règles et à protéger les réformes des résistances internes.

La vraie question n’est pas si la mairie veut moderniser, mais si elle peut le faire sans saper sa propre capacité opérationnelle et la confiance des Cotonois. La réponse dépendra de la rapidité à transformer le discours en dispositifs concrets et mesurables — et à accepter d’être jugée sur les résultats.

Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn

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