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Croissance économique sans emplois : le paradoxe persistant en Afrique

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Croissance économique sans emplois : le paradoxe persistant en Afrique

Depuis plusieurs années, de nombreux pays africains affichent des taux de croissance économique soutenus. Pourtant, cette dynamique ne se traduit pas toujours par une amélioration significative du marché du travail. Ce décalage, de plus en plus visible, alimente un paradoxe : une économie qui progresse sur le papier, mais qui peine à créer des emplois en nombre suffisant.

Dans plusieurs économies du continent, la croissance repose encore largement sur des secteurs à faible intensité de main-d’œuvre. Les industries extractives, les télécommunications ou encore les grands projets d’infrastructures génèrent des revenus importants, mais mobilisent relativement peu de travailleurs. Résultat : la richesse produite n’entraîne pas automatiquement une absorption massive de la main-d’œuvre, notamment des jeunes.

Ce phénomène s’explique aussi par la structure des économies africaines. Le tissu productif reste dominé par l’informel, qui concentre une grande partie des emplois, mais souvent dans des conditions précaires et à faible productivité. Dans ce contexte, même lorsque la croissance est au rendez-vous, elle ne s’accompagne pas nécessairement d’une transformation structurelle capable de créer des emplois durables et de qualité.

La question de l’adéquation entre formation et besoins du marché du travail se pose également avec acuité. Chaque année, des milliers de jeunes diplômés arrivent sur le marché, sans que les secteurs porteurs soient en mesure de les absorber. Ce déséquilibre alimente le chômage et le sous-emploi, tout en accentuant le sentiment de déconnexion entre performance économique et réalité sociale.

À cela s’ajoutent des contraintes structurelles persistantes : accès limité au financement pour les PME, coût élevé du crédit, environnement des affaires parfois instable, ou encore insuffisance des infrastructures. Autant de facteurs qui freinent la création d’entreprises capables de générer des emplois à grande échelle.

L’emploi, angle mort de la croissance

Dans ce contexte, la croissance économique, bien qu’indispensable, apparaît insuffisante à elle seule. L’enjeu pour les États africains est désormais de rendre cette croissance plus inclusive, en orientant davantage les investissements vers des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme l’agriculture modernisée, l’industrie manufacturière ou certains segments des services.

La promotion de l’entrepreneuriat, notamment chez les jeunes, constitue également un levier important. Mais là encore, l’accès au financement, à la formation et aux marchés reste déterminant pour transformer les initiatives en véritables moteurs d’emploi.

Plus largement, c’est la qualité de la croissance qui est en question. Une croissance tirée par la consommation ou les matières premières ne produit pas les mêmes effets qu’une croissance soutenue par l’industrialisation et l’innovation.

Le défi est donc de passer d’une croissance quantitative à une croissance créatrice d’emplois. Sans cette évolution, le fossé entre indicateurs macroéconomiques et réalités sociales risque de se creuser davantage, avec des conséquences économiques, mais aussi politiques.

Hervé Ganhouégnon

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