ECONOMIE

Inflation à 4,8 % en 2026: la dette asphyxie les économies vulnérables

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Inflation à 4,8 % en 2026: la dette asphyxie les économies vulnérables

L’inflation médiane dans les économies en développement devrait atteindre 4,8 % en 2026, portée par la flambée des prix de l’énergie (+24 %) et des denrées. Le poids record du service de la dette réduit l’espace budgétaire et complique l’accès aux financements. Un piège structurel s’installe.

Les prévisions les plus récentes de la Banque mondiale et du FMI ne laissent guère de place au doute. L’inflation médiane dans les économies émergentes et en développement devrait s’établir autour de 4,8 % à 5,1 % en 2026, en nette hausse par rapport aux anticipations d’avant le regain de tensions au Moyen-Orient. La cause principale ? La flambée des prix de l’énergie, projetée à +24 % cette année, et la transmission aux denrées alimentaires via les coûts des engrais et du transport.

Ce rebond met fin à la désinflation laborieuse des dernières années. Il intervient dans un contexte où les marges de manœuvre des États sont déjà épuisées.

Le conflit au Moyen-Orient a relancé les prix du pétrole et du gaz. Selon la Banque mondiale, les prix de l’énergie atteindront en 2026 leur plus haut niveau depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, sous l’hypothèse d’un apaisement des perturbations les plus aiguës dès mai. Si le scénario s’aggrave, l’inflation dans les pays en développement pourrait grimper jusqu’à 5,8 %.

Les importateurs nets d’énergie, particulièrement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, subissent de plein fouet cette transmission. Les coûts de transport et d’intrants agricoles augmentent, renchérissant le panier de la ménagère. Les pays les plus pauvres, déjà fragiles, voient leurs équilibres macroéconomiques se détériorer rapidement.

Un service de la dette qui dévore l’espace budgétaire

Derrière la hausse des prix se cache un danger plus structurel et plus insidieux : le poids écrasant du service de la dette publique. Dans de nombreux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, les paiements d’intérêts et d’amortissements absorbent une part record des recettes fiscales. Cette charge limite drastiquement la capacité des gouvernements à investir dans les infrastructures, la santé, l’éducation ou la résilience climatique, autant d’instruments de développement pourtant indispensables.

L’espace budgétaire se rétrécit. Les États peinent à financer des filets de protection sociale face à l’inflation alimentaire ou à soutenir leur monnaie lorsque les capitaux fuient vers les actifs sûrs. Résultat : l’accès aux financements extérieurs devient plus cher, plus rare et plus conditionné. Les spreads souverains s’élargissent, les agences de notation restent prudentes, et les bailleurs multilatéraux exigent des réformes souvent politiquement coûteuses.

Ce cercle vicieux n’est pas nouveau, mais il s’intensifie. La hausse des taux d’intérêt mondiaux ces dernières années, combinée à l’appréciation du dollar et à la raréfaction de l’aide publique au développement, a alourdi la facture. Aujourd’hui, plus d’un tiers des pays d’Afrique subsaharienne sont en situation de surendettement ou présentent un risque élevé.

Contraintes structurelles et absence de filet

Les vulnérabilités ne sont pas seulement conjoncturelles. Beaucoup d’économies concernées souffrent de faibles recettes fiscales intérieures, d’une dépendance excessive aux matières premières, de monnaies fragiles et d’institutions budgétaires insuffisamment robustes. La gouvernance des finances publiques reste un point faible persistant.

Dans ce contexte, la politique monétaire des banques centrales locales se trouve prise en tenaille : lutter contre l’inflation importée sans étrangler la croissance déjà anémique. Les hausses de taux directeurs, quand elles interviennent, pèsent sur le crédit et l’investissement privé.

Les décideurs n’ont plus droit à l’erreur. Toute dépense non prioritaire ou tout report de réforme aggrave le risque de crise de balance des paiements ou de défaut restructuré. L’année 2026 s’annonce comme un test de résilience sévère. Si le conflit au Moyen-Orient reste contenu, l’inflation médiane à 4,8 % restera gérable pour les économies les mieux armées. Pour les autres, la majorité des pays en développement, elle accentuera les fractures.

La croissance mondiale est déjà revue à la baisse, autour de 3,1 %. Les économies émergentes et en développement, qui portent l’essentiel de la dynamique démographique et potentielle, risquent de voir leurs perspectives durablement amputées. Aucune rhétorique optimiste ne change la réalité : sans réduction significative du fardeau de la dette, sans mobilisation accrue des ressources intérieures et sans gouvernance budgétaire plus rigoureuse, l’espace pour le développement continuera de se contracter.

Les observateurs internationaux et les investisseurs l’ont compris. Les décideurs africains, asiatiques et latino-américains doivent l’intégrer sans délai. L’inflation à 4,8 % n’est pas seulement un chiffre macroéconomique. Elle est le symptôme d’un système où la dette a pris le pas sur l’investissement productif.

Le temps de la complaisance est terminé. Celui des choix difficiles commence.

Par Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn

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