
L’heure du bilan – De la terre aux usines : Le Bénin redessine son économie
Le Bénin se réinvente. Aux confins de Torri-Bossito, Abomey-Calavi, Zè et Allada, une cité nouvelle nait. À la Zone Économique Spéciale Glo-Djigbé-Zè, des usines poussent, tels des champions. Des emplois émergent, et l’économie béninoise, notamment celle rurale, s’éveille. Sous l’impulsion de Patrice Talon, une révolution industrielle transforme le pays et le Bénin s’impose comme un hub industriel africain.
Le Bénin change. À quelques 45 kilomètres au Nord de Cotonou, la zone industrielle de Glo-Djigbé-Zè (GDIZ) incarne une ambition audacieuse : faire du pays un géant industriel. Lancée en 2020 sous l’impulsion du président Patrice Talon, cette zone de 1 640 hectares symbolise une rupture. Fini l’exportation brute du coton, des noix de cajou, de karité ou des graines de soja. Le Bénin transforme désormais ses richesses sur place.
En 2025, 14 unités industrielles sont opérationnelles, dont 02 unités de production textile, 05 unités de transformation de la noix de cajou, 02 unités de transformation du Soja-Bio & conventionnel. À ces usines s’ajoutent une unité de fabrication d’emballages et 02 centrales à béton. 14 000 emplois directs sont créés, impactant significativement des milliers de familles. À termes, une projection de 300 000 emplois d’ici 2030. Le pari est clair : industrialiser pour créer de la richesse et des opportunités.
Une vision portée par le PAG
Le Programme d’Actions du Gouvernement (PAG, 2016-2021, prolongé jusqu’en 2026) structure cette révolution. Patrice Talon, surnommé le « roi du coton », mise sur la transformation locale. Le Bénin, premier producteur africain de coton avec 640 000 tonnes au cours de la campagne 2024-2025, ne se contente plus de vendre sa fibre brute. À Glo-Djigbé-Zè, une unité textile ultramoderne traite 12,7 % de cette production. Elle produit fils, serviettes et vêtements « Made in Benin », exportés vers les États-Unis et Dubaï. En juillet 2023, 32 tonnes d’amandes de cajou ont quitté la zone pour les Émirats. Ces succès dopent le PIB, qui dépend à 40 % du coton.
Le PAG ne s’arrête pas là. Il modernise l’agriculture, qui emploie 70 % de la population et génère 35 % du PIB. Des réformes, comme l’actualisation du Code des investissements et la loi sur les zones économiques spéciales, attirent les investisseurs. Une une quarantaine d’investisseurs, dont dix béninoises, ont signé pour s’installer à Glo-Djigbé. Des géants comme Zara et Kiabi négocient des commandes. Ce dynamisme attire l’attention internationale : des délégations du Sénégal, de Côte d’Ivoire et de France visitent le site.
Des visages derrière les chiffres
Rencontrons Sara, 24 ans, couturière à Glo-Djigbé-Zè. « Avant, je vendais des fruits au marché. Aujourd’hui, je couds des polos exportés à l’étranger. J’ai un salaire fixe, une assurance. Ma vie a changé. » Son histoire reflète celle de milliers de jeunes formés aux métiers du textile. Deux centres de formation ont reçu 1 400 candidatures pour 1 000 places. Ces emplois stables offrent une alternative à l’agriculture de subsistance, qui domine l’économie rurale. Mais Sara nuance : « Le salaire, 52 000 FCFA, reste faible pour vivre dignement. »
Pourquoi ce pari ?
Le Bénin souffrait d’une dépendance aux exportations brutes, vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux. En 1990, une injection d’investissements avait amorcé une reprise économique, mais la valeur ajoutée restait captée à l’étranger. Patrice Talon change la donne.
La GDIZ, fruit d’un partenariat public-privé avec Arise IIP, mobilise 1,4 milliard de dollars pour sa première phase. Les exonérations fiscales attirent les investisseurs, mais ces derniers doivent investir dans le social. Ce modèle vise à éviter les erreurs de zones industrielles à bas coût, comme en Éthiopie.
Les défis à relever
La révolution a un coût. Les 164 milliards de FCFA investis dans la première phase de la GDIZ pèsent sur les finances publiques. Les petites exploitations agricoles, souvent gérées par des femmes, peinent à concurrencer les grands planteurs favorisés par les programmes de développement. La transformation du karité, par exemple, repose sur des coopératives féminines, mais leur accès aux matières premières reste limité. De plus, le salaire minimum de 52 000 FCFA, bien qu’un progrès, ne suffit pas face à l’inflation. Enfin, la dépendance aux investisseurs étrangers, notamment asiatiques, soulève des questions de souveraineté économique.
Un avenir à construire
Glo-Djigbé n’est qu’un début. Le gouvernement planifie des zones industrielles à Sèmè, Illara, Gakpé et Parakou. L’objectif : transformer localement l’essentiel de la production agricole. Mais le succès dépendra de la formation, de l’amélioration des conditions de travail et d’une répartition équitable des richesses. Les 300 000 emplois promis d’ici 2030 changeront-ils vraiment la donne pour les ruraux ? Pour l’instant, Glo-Djigbé-Zè incarne un espoir tangible, mais fragile.
Le Bénin fabrique son avenir. Chaque machine qui s’allume, chaque jeune qui trouve un emploi, chaque produit exporté prouve que le pays peut rivaliser sur la scène mondiale. Mais la route est longue. Patrice Talon a allumé l’étincelle. Aux Béninois de nourrir la flamme.
Yêdafou KOUCHÉMIN







