ECONOMIE

L’heure du bilan : Du courant à l’espoir, l’électrification révolutionne les petites entreprises

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L’heure du bilan : Du courant à l’espoir, l’électrification révolutionne les petites entreprises

L’électrification rurale, fer de lance du PAG 2016-2026, redessine l’avenir des campagnes béninoises. À travers le témoignage vibrant d’une transformatrice, découvrez comment l’accès à l’électricité dynamise les petites entreprises, booste les revenus et ravive l’espoir des ménages ruraux.

Le Bénin change. Sous l’impulsion du Programme d’Action du Gouvernement (PAG) 2016-2021 et 2021-2026, l’électricité gagne des villages les plus reculés, transformant des existences. Depuis 2016, le Projet d’Électrification Rurale (PERU) électrifie 209 localités, dont 133 nouvelles zones rurales et 76 extensions de réseaux péri-urbains.

Plus de 48 000 branchements promotionnels, à 25 000 FCFA seulement, connectent des ménages modestes au réseau. À terme, 120 000 foyers accéderont à l’énergie, avec 800 km de lignes moyenne tension, 1 085 km de basse tension et 225 postes de transformation installés. Ces chiffres, impressionnants, traduisent une volonté politique : faire de l’électricité le moteur du développement.

Mais derrière ces données, des vies changent. Prenez Adjoua, 42 ans, transformatrice de manioc à Kpindjakanmè, dans la commune de Kpomassè. Avant 2023, elle broyait le manioc à la main, un labeur éreintant. Sa production, limitée à 50 kg par jour, suffisait à peine à nourrir sa famille. Aujourd’hui, grâce à une machine électrique acquise après l’électrification de son village, Adjoua triple sa production. “Je produis 150 kg par jour maintenant. Mes clients sont plus nombreux, et je gagne assez pour subvenir aux besoins de mes enfants”, confie-t-elle, les yeux brillants. Son histoire incarne un Bénin rural qui s’éveille.

Une révolution économique portée par l’énergie

L’électrification rurale n’est pas qu’une question de lumière. Elle libère un potentiel économique. Les petites entreprises, comme celle d’Adjoua, prospèrent. Les machines électriques remplacent les outils manuels, augmentant la productivité. À Pelima, dans la commune de Kouandé, 200 ménages connectés au réseau SBEE depuis 2022 utilisent des équipements modernes pour la menuiserie, la couture ou l’agro-transformation. À Ouankou, une micro-centrale solaire alimente 200 foyers, permettant à des artisans de travailler plus longtemps et mieux. Ces avancées, financées à hauteur de 47,06 milliards FCFA, dont 40,5 milliards de la Banque Africaine de Développement, dopent l’économie locale.

Pourtant, des défis persistent. Le coût du branchement, bien que subventionné, reste un obstacle pour les plus pauvres. En 2021, le tarif de l’électricité au Bénin, à 0,25 dollar par kWh, dépasse la moyenne subsaharienne (0,17 dollar). Les pannes occasionnelles et la qualité du service freinent encore certaines entreprises. Le gouvernement doit investir dans la maintenance des réseaux et la formation des usagers pour maximiser l’impact.

Les promesses et limites du PAG

Sous Patrice Talon, le Bénin mise sur l’énergie pour réduire la pauvreté, qui touche 36,2 % de la population en 2022. Le PAG 2016-2026 ambitionne une couverture électrique quasi-totale d’ici 2026, alignée sur les Objectifs de Développement Durable. Les résultats impressionnent : 16 localités électrifiées sur 233 prévues en 2024, 17,58 km de lignes haute tension construites sur 1 447 km visés. Mais le rythme doit s’accélérer. Seulement 6,87 % des objectifs sont atteints à mi-parcours, un retard qui questionne la capacité logistique.

L’impact va au-delà des chiffres. L’électricité réduit l’insécurité, améliore l’éducation et attire les jeunes vers l’entrepreneuriat. À Savè, un usager souligne : “Ces infrastructures boostent nos activités économiques et sécurisent nos nuits.” Pourtant, l’accès inégal persiste. Les zones reculées, souvent alimentées par des solutions solaires, peinent à rivaliser avec les réseaux conventionnels des zones péri-urbaines.

Adjoua, comme des milliers d’autres, incarne l’espoir. Mais l’élan doit se maintenir. Le gouvernement doit renforcer la gouvernance du secteur énergétique, réduire les coûts d’accès et prioriser la fiabilité des réseaux. Les ménages ruraux, eux, doivent saisir cette opportunité pour innover et entreprendre. L’électricité n’est pas qu’un courant : c’est le sang qui irrigue les rêves d’un Bénin rural prospère.

 Yêdafou KOUCHÉMIN

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