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L’heure du bilan : De l’école à l’atelier, le pari gagnant qui forge l’avenir

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L’heure du bilan : De l’école à l’atelier, le pari gagnant qui forge l’avenir

Au Bénin, les réformes éducatives de Patrice Talon bouleversent l’enseignement technique et professionnel (EFTP). Avec 323 milliards de FCFA investis, des lycées modernes et des jeunes formés aux métiers d’avenir, l’économie s’éveille. Mais des défis freinent encore ce pari audacieux.

L’école béninoise n’est plus seulement un bâtiment : c’est un moteur de vie. Grâce aux réformes éducatives du président Patrice Talon, l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels (EFTP) transforment des communautés entières. En 2019, seulement 11 % des apprenants du secondaire suivaient un cursus technique. L’objectif ? Atteindre 70 % d’ici 2030. Ce virage, porté par la Stratégie Nationale de l’EFTP (SN-EFTP) et financé à hauteur de 323 milliards de FCFA, mise sur une éducation pratique pour doter le Bénin de techniciens compétents et relancer l’économie.

Une école qui change des destins

À Kandi, dans le nord rural, l’école primaire publique de Gounin brille sous un nouveau toit. Les murs fissurés ont laissé place à des salles modernes, équipées de tableaux numériques. Adama, 14 ans, élève en classe de CM2, raconte : « Avant, on étudiait sous un hangar. La pluie nous chassait. Maintenant, j’apprends mieux, je veux devenir ingénieur. » Ces infrastructures, financées par le PAG, ne sont pas qu’un confort. Elles réduisent le décrochage scolaire, qui touche encore 40 % des enfants en zones rurales. En 2024, 1 200 nouvelles salles de classe ont vu le jour, accueillant 60 000 élèves supplémentaires.

Mais l’impact va au-delà des murs. Une école rénovée attire les familles, stabilise les communautés et stimule l’économie locale. Les marchés autour des écoles prospèrent, les artisans trouvent du travail. Ces investissements, combinés à une inflation maîtrisée entre 1 et 3 %, renforcent le pouvoir d’achat des familles, leur permettant d’investir dans l’éducation de leurs enfants.

Aligner l’éducation sur les besoins du marché

Dans un lycée technique de Porto-Novo, Kossi, 17 ans, apprend à réparer des tracteurs. « Avant, je voulais quitter l’école. Mes parents sont pêcheurs, et je ne voyais pas d’avenir. Aujourd’hui, je rêve de devenir mécanicien agricole », confie-t-il, les mains tachées de graisse. Son lycée, rénové dans le cadre du Programme d’Action du Gouvernement (PAG), dispose d’ateliers modernes et d’enseignants formés. Ces infrastructures, dont 30 lycées techniques agricoles et 8 écoles des métiers prévues d’ici 2030, incarnent la vision de Talon : aligner l’éducation sur les besoins du marché.

Les chiffres parlent. Depuis 2016, le taux de réussite au baccalauréat a grimpé à 73,02 % en 2025, un record. L’EFTP, avec des diplômes comme le DTI (équivalent bac pro) ou le DTS (Bac+2), forme des jeunes à des métiers concrets : mécanique, agriculture, hôtellerie. En 2023, une évaluation nationale montre une amélioration des compétences fondamentales en primaire, preuve que les réformes, appuyées par la Banque mondiale, portent leurs fruits.

Un diplômé, une communauté transformée

À Parakou, Issifou, 22 ans, est l’exemple vivant de cette révolution. Diplômé d’un centre EFTP en mécanique auto, il dirige aujourd’hui un petit garage. « Après mon DTI, j’ai trouvé du travail en trois mois. Maintenant, j’emploie deux apprenants et je répare les moteurs des agriculteurs du coin », raconte-t-il avec fierté. Son activité dope l’économie locale : les paysans, grâce à des machines réparées rapidement, améliorent leur productivité en gagnant du temps.

La stratégie EFTP vise précisément cet impact. En formant des jeunes à des compétences pratiques, elle réduit l’inadéquation entre formation et emploi, un fléau historique au Bénin. Les secteurs prioritaires – agriculture, construction, tourisme – absorbent ces diplômés, renforçant le capital humain et la croissance inclusive. Le Rapport sur les Perspectives Économiques du Bénin (2025) de la Banque mondiale salue ces avancées, notant une contribution directe à la stabilité économique.

Cette dynamique répond à une urgence économique. Le Bénin, dépendant du coton (50 % des exportations), souffre d’un sous-emploi chronique (70 %). L’EFTP forme des jeunes aux métiers pratiques, réduisant la dépendance au secteur informel, qui représente 90 % des emplois. La zone industrielle de Glo-Djigbé, en pleine expansion, absorbe ces diplômés, créant un cercle vertueux.

Les limites d’un pari ambitieux

Mais tout n’est pas rose. Les réformes, bien que prometteuses, butent sur des obstacles structurels. Le manque d’enseignants qualifiés reste criant : en 2002, seulement 51,5 % des enseignants du secondaire étaient formés, un déficit aggravé par les restrictions budgétaires des années passées. Aujourd’hui, les aspirants au métier d’enseignant, souvent recrutés sur la base de diplômes académiques, comblent les lacunes.

L’accès à l’EFTP pose aussi problème. Dans les zones rurales, les lycées techniques, bien que modernisés, restent rares. Les filles, en particulier, peinent à intégrer ces filières, freinées par des barrières socioculturelles. Enfin, la gouvernance du système éducatif, malgré des progrès, souffre encore d’une bureaucratie lourde et d’un manque de suivi des curricula. Ces défis risquent de ralentir l’objectif de 70 % d’apprenants en EFTP d’ici 2030.

Un pari sur l’avenir

Malgré ces défis, les réformes portent leurs fruits. Le taux de réussite au BAC 2025 atteint 73,02 %, un record. Les centres EFTP, en formant des jeunes comme Koffi, réduisent le chômage et dynamisent les campagnes. Mais pour réussir, le gouvernement doit investir dans la formation des enseignants et sécuriser les régions instables. L’éducation technique n’est pas un second choix, c’est un tremplin. Les filières EFTP offrent des métiers stables et bien payés.

Sous Patrice Talon, le Bénin redessine son école pour en faire un levier économique. Les réformes de l’EFTP, malgré leurs limites, posent les bases d’une croissance durable. Chaque salle de classe rénovée, chaque jeune formé est une brique dans l’édifice d’un Bénin moderne. Mais pour réussir, le gouvernement doit accélérer la formation des enseignants, élargir l’accès en zones rurales et impliquer davantage les communautés. L’avenir économique du Bénin passe par ses écoles.

 Yêdafou KOUCHÉMIN

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