ECONOMIE

Zone  CEMAC : statu quo à la BEAC dans un contexte de ralentissement et de déficit extérieur accru

589vues

Zone  CEMAC : statu quo à la BEAC dans un contexte de ralentissement et de déficit extérieur accru

Alors que les nuages s’amoncellent sur les perspectives économiques de la zone CEMAC, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a choisi la prudence. Réunie le 29 septembre 2025, son comité de politique monétaire (CPM) a décidé de maintenir inchangés ses principaux taux directeurs, confirmant une orientation de stabilité monétaire dans un contexte régional marqué par des signaux économiques contrastés.

Pas de changement, donc, du côté des taux. Le taux d’intérêt des appels d’offres reste fixé à 4,50 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal demeure à 6,00 %. Le taux de la facilité de dépôt reste quant à lui à 0,00 %. Les coefficients de réserves obligatoires sont également maintenus : 7,00 % pour les dépôts à vue et 4,50 % pour les dépôts à terme.

Cette décision intervient alors que la croissance économique régionale montre des signes d’essoufflement. Selon les projections actualisées de la BEAC, le produit intérieur brut (PIB) de la zone CEMAC devrait progresser de 2,6 % en 2025, contre 2,7 % en 2024. Un léger recul attribué principalement à la baisse des activités pétrolières et gazières, attendue à -1,5 %, tandis que les secteurs non pétroliers conservent une certaine vitalité, avec une croissance anticipée de +3,2 %.

Au-delà du ralentissement de la croissance, d’autres indicateurs macroéconomiques incitent à la vigilance. Les finances publiques devraient se dégrader davantage en 2025. Le déficit budgétaire, hors dons, passerait de -1,0 % du PIB en 2024 à -1,3 % en 2025, signe d’une pression accrue sur les budgets nationaux. En parallèle, le déficit du compte courant est prévu en forte détérioration, atteignant -2,2 % du PIB, contre -0,2 % l’année précédente — un signal d’alarme quant à la position extérieure de la région.

Autre sujet de préoccupation : les réserves de change. Bien qu’encore jugées « confortables » par la BEAC, elles devraient s’éroder, passant de 4,82 mois d’importations en 2024 à 4,59 mois fin 2025, soit environ 7101,7 milliards FCFA (environ 12,7 milliards de dollars). Par ricochet, le taux de couverture extérieure de la monnaie passerait de 74,9 % à 73,2 %, signalant une fragilisation relative de l’ancrage monétaire dans un contexte toujours exposé à des chocs externes.

Un recul de l’inflation salué, mais un environnement toujours sous tension

Si l’environnement global invite à la prudence, la BEAC se félicite néanmoins d’une maîtrise progressive des pressions inflationnistes. Après avoir culminé à 4,1 % en 2024, l’inflation devrait retomber à 2,6 % fin 2025, se rapprochant ainsi de la norme communautaire de 3 %. Un repli salué comme un succès dans un contexte encore marqué par les tensions sur les prix alimentaires et l’énergie.

Pour autant, l’institution de Yaoundé garde un ton mesuré. Car la fragilité des économies nationales, les tensions sécuritaires dans plusieurs pays de la zone, ainsi que les incertitudes sur les marchés mondiaux pourraient à tout moment relancer les dynamiques inflationnistes. Le statu quo monétaire actuel n’exclut donc pas un futur ajustement si les équilibres venaient à se dégrader rapidement.

En maintenant sa politique monétaire inchangée, la BEAC semble opter pour un pilotage attentiste mais calibré, misant sur une désinflation durable et une stabilisation graduelle de l’environnement économique, tout en restant prête à réagir face aux aléas internes et externes.

Dans une région où la croissance reste fragile, où la dépendance aux hydrocarbures pèse sur la résilience économique, et où la stabilité monétaire est une ancre indispensable, cette posture traduit une volonté de conserver des marges de manœuvre, tout en soutenant une reprise encore hésitante.

Laisser une reponse