
SADC–ZLECAF : un tandem possible pour relancer l’intégration régionale
La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), un bloc régional au PIB cumulé de 841 milliards de dollars, peine à transformer son potentiel en une puissance économique unie. Alors que Madagascar prend les rênes de la présidence tournante, le 45e sommet, axé sur l’industrialisation et la transition énergétique, a mis en lumière les défis structurels de l’organisation. L’intégration régionale, malgré de nombreux engagements, reste largement inachevée, comme le soulignent de récents rapports d’experts.
Selon une analyse du think tank The South African Institute of International Affairs (SAIIA), la SADC a adopté vingt-sept protocoles depuis 1992 pour encadrer le commerce, l’investissement et la libre circulation. Cependant, leur application est limitée.
Le Protocole sur l’industrie, par exemple, n’a été ratifié que par six pays depuis son adoption en 2019. Même lorsqu’ils sont ratifiés, ces instruments sont souvent sous-exploités, les acteurs concernés n’étant pas toujours informés de leur existence. L’European Centre for Development Policy Management (ECDPM) a d’ailleurs rapporté que plus de 92% des exportations éligibles du Mozambique vers les pays de la SADC n’utilisaient pas le Protocole sur le commerce des biens.
Cette fragmentation se reflète dans la lenteur des procédures douanières, les infrastructures de transport déficientes et les lourdeurs logistiques qui freinent les échanges. Comme le note l’analyste politique Kim Heller, malgré l’accord de Zone de libre-échange (ZLE), de nombreux produits restent soumis à des droits de douane. Cette situation est alarmante, d’autant que le commerce intra-régional se situe à un faible niveau de 23%, bien en deçà des échanges avec le reste du monde.
Des réponses individuelles face aux chocs extérieurs
Le manque de coordination de la SADC est d’autant plus criant face aux chocs externes. Les nouvelles surtaxes imposées en avril 2025 par Washington sur les exportations de plusieurs pays de la région (textiles, miniers, agricoles) ont révélé l’absence d’une réponse collective. Au lieu d’une stratégie commune, chaque pays a agi de manière isolée. Le Zimbabwe a suspendu unilatéralement ses droits de douane sur les importations américaines, tandis que Madagascar a entamé des discussions bilatérales avec Washington.
Le Lesotho a proposé de céder une part de son secteur énergétique pour regagner les faveurs américaines, et l’Afrique du Sud a même évoqué la possibilité d’un accord commercial séparé. Ces initiatives illustrent l’absence d’un cadre opérationnel commun, qui limite la capacité de la SADC à négocier de manière unifiée face aux grands partenaires commerciaux.
Des perspectives d’amélioration malgré les défis
Malgré ces blocages structurels, des signaux positifs émergent. La SADC a annoncé une évaluation de l’impact des surtaxes américaines en vue de forger une réponse collective. En outre, l’Angola a finalisé son offre tarifaire pour rejoindre la Zone de libre-échange de la SADC, portant le nombre de pays pleinement engagés à quatorze. Des synergies avec d’autres cadres continentaux, comme la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), pourraient également offrir de nouvelles perspectives pour diversifier les exportations et renforcer la résilience régionale.
Lors d’une réunion en juin dernier à Harare, les ministres du Commerce de la SADC ont d’ailleurs annoncé l’adoption d’outils de coopération, notamment un forum consultatif SADC-Zlecaf. Le grand défi de la présidence malgache sera de démontrer que le bloc peut enfin dépasser ses divisions pour devenir un acteur régional plus influent et plus uni.






