ECONOMIE

Sénégal–FMI : L’heure de vérité pour éviter la faillite

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Sénégal–FMI : L’heure de vérité pour éviter la faillite

Une mission décisive du Fonds monétaire international débute à Dakar ce lundi, alors que le Sénégal dispose de moins de 18 mois pour redresser ses finances et éviter un effondrement économique. Le nouveau gouvernement joue sa crédibilité face aux bailleurs de fonds internationaux.

Le compte à rebours a commencé pour le Sénégal. Alors que le pays fait face à l’une des plus graves crises économiques de son histoire, une mission cruciale du Fonds monétaire international (FMI) arrive à Dakar cette semaine. En jeu : la relance d’un programme de financement vital pour stabiliser les finances publiques, contenir la dette et rassurer les marchés.

Selon Bloomberg, l’enjeu est capital. “Si le Sénégal ne parvient pas à obtenir un programme du FMI dans les 18 prochains mois, ce qui commence comme une crise de liquidité pourrait rapidement se transformer en crise de solvabilité”, alerte Leo Morawiecki, spécialiste des marchés émergents chez Abrdn Investments.
Cette déclaration met en lumière l’extrême fragilité de la situation économique sénégalaise. L’intérêt des investisseurs est grandissant, scrutant cette visite avec l’espoir de signaux favorables quant à un soutien renouvelé du FMI.

La mission de cette semaine aura pour objectif prioritaire d’examiner les récents problèmes de communication de données économiques, liés à des erreurs de l’ancien gouvernement. Elle devra également préparer un rapport destiné au conseil d’administration du Fonds, préalable indispensable avant toute reprise du programme suspendu.

L’analyste Morawiecki souligne l’importance d’une transparence totale : “Il est crucial de comprendre précisément quelle part de la dette est liée aux investissements à long terme, et laquelle provient des dépenses courantes.” Une clarification essentielle pour éviter que la crise actuelle ne débouche sur une insolvabilité totale.

Avant toute reprise des négociations, le conseil d’administration du FMI devra statuer sur les erreurs déclaratives passées et accorder une dérogation concernant les 700 millions de dollars déjà décaissés. D’après Julie Kozack, porte-parole du FMI, les discussions autour d’un nouveau programme pourraient débuter dès ce mois d’août.

Plan de relance et défis budgétaires 

Dans ce contexte alarmant, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a dévoilé un plan de relance sans précédent, prévoyant la mobilisation de 5,7 billions de francs CFA (environ 10,1 milliards de dollars) sur trois ans. Objectif : ramener le déficit budgétaire, actuellement à un inquiétant 14% du PIB, à un seuil plus soutenable de 3% d’ici 2027.
Le ministre des Finances, Cheikh Diba, espérait initialement conclure un accord avec le FMI avant la fin juin, mais la complexité des dossiers et des exigences techniques a ralenti le processus.

En parallèle, le pays mise sur une révision de son produit intérieur brut (PIB). Selon Michael Kafe, analyste chez Barclays, cette opération pourrait entraîner une revalorisation de 15 à 25%, ramenant potentiellement le ratio dette/PIB – actuellement à 119% – sous la barre symbolique des 100%.

Le président Faye, ancien inspecteur des impôts et ex-détenu politique élu en 2024, affronte un dilemme redoutable. Avec son Premier ministre Ousmane Sonko, il avait promis une amélioration rapide du pouvoir d’achat et de meilleures perspectives d’avenir pour une population jeune et majoritairement précaire.

Or, selon Mark Bohlund, analyste de Redd Intelligence, “le Sénégal pourrait se passer du FMI, mais cela impliquerait des coupes budgétaires bien plus sévères, contraires au programme électoral sur lequel Faye et Sonko ont été élus.

Un équilibre très difficile à maintenir.”

Le président refuse de parler d’austérité, même si le plan d’ajustement budgétaire comporte bien des hausses d’impôts et une réduction des dépenses. Les critiques avertissent : un ralentissement de l’activité économique risque d’entraîner une chute des recettes fiscales, ce qui irait à l’encontre des objectifs gouvernementaux.
L’économiste Ndongo Samba Sylla, dans une interview à Voxafrica, va plus loin : “La dette ne peut pas être réglée par l’austérité, elle doit être annulée. Pour rembourser, il faut s’endetter à nouveau, et donc faire appel au FMI. Mais cela signifie trahir les promesses faites au peuple sénégalais.”

Face à cette crise, le Sénégal peut néanmoins espérer une bouffée d’oxygène grâce à ses nouvelles ressources naturelles. La production a récemment débuté sur plusieurs gisements pétroliers et gaziers offshore. Le gouvernement cherche à développer des infrastructures pour transformer ce gaz en électricité, ce qui permettrait de réduire sa dépendance aux importations coûteuses.

Le président Faye promet de renégocier les contrats énergétiques afin de réduire les coûts pour le pays. Cependant, même si ces revenus représentent un espoir à moyen terme, ils ne suffiront pas à combler les besoins urgents de trésorerie.

Le gouvernement a rejeté toute idée de restructuration de la dette mais table sur une extension des délais de remboursement de certains emprunts. Cette stratégie repose toutefois sur un pari risqué : restaurer la confiance des marchés internationaux.

La mission du FMI de cette semaine pourrait être décisive. Plus qu’un simple rendez-vous technique, elle incarne une véritable course contre la montre pour éviter une défaillance financière aux conséquences potentiellement dévastatrices pour les 17 millions de Sénégalais. L’avenir économique du pays pourrait bien se jouer dans les jours et semaines à venir.

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